Le rôle des collaborations industrie-université dans l’avancement de l’innovation canadienne

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Taryn Armstrong, receveuse d’un implant cochléaire, est examinée par le Dr Sumit Agrawal, otologue-neurotologue et professeur à l’École de médecine et de dentisterie Schulich de l’Université Western.Darryl Lahteenmaa

Les partenariats entre l’industrie et la recherche ont contribué à certaines des innovations les plus avant-gardistes du Canada en aidant les chercheurs à accéder au financement et aux ressources tout en donnant à l’industrie la possibilité d’accroître sa main-d’œuvre.

À l’Université Western, la création d’un outil de cartographie personnalisé pour les patients porteurs d’un implant cochléaire a attiré l’attention de MED-EL, basée en Autriche, le leader mondial des implants.

L’année dernière, l’entreprise a offert 8,5 millions de dollars (qui ont été égalés par l’université) pour faire progresser la recherche grâce à des études indépendantes et à la création de deux chaires de recherche dotées, ce qui établit indéfiniment Western comme le foyer de la recherche cochléaire.

La technologie avancée, qui utilise l’IA et les données d’image, personnalise la programmation des implants afin que les utilisateurs puissent écouter de la musique, déchiffrer les conversations des convives dans les restaurants bruyants et accéder à de meilleures options d’éducation et de carrière.

« La façon dont je pense (à l’outil de cartographie personnalisé) est que c’est comme passer d’un piano sans piano à un piano désaccordé puis à un piano juste », explique Sumit Agrawal, otologue-neurotologue et professeur à l’Université Schulich de Western. École de médecine et de dentisterie, qui a contribué au développement de la technologie.

Selon Statistique Canada, l’année 2022 a vu des niveaux records de financement en recherche et développement (R&D), soit 48,2 milliards de dollars, les universités canadiennes réalisant 1,2 milliard de dollars en recherche pour les entreprises.

Dans le passé, les communautés universitaires étaient souvent préoccupées par les conflits d’intérêts potentiels lorsqu’elles traitaient avec le secteur privé ; cependant, ce n’est plus le cas, affirme Roseann O’Reilly Runte, présidente de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI).

« L’ouverture à l’implication de l’industrie et du public a vraiment changé, et en effet, l’intérêt porté aux entreprises et aux institutions et au travail qu’ils accomplissent a changé », explique le Dr Runte.

Il y a dix ans, la FCI a créé la base de données Research Facilities Navigator pour relier les chercheurs et l’industrie. Il compte actuellement plus de 850 installations spécialisées dans 28 secteurs (de l’aérospatiale aux technologies de l’information) et plus de 130 institutions (des hôpitaux de recherche aux universités). La base de données reçoit plus de 60 000 visites par an.

« Il s’agit d’établir un lien entre le problème, le chercheur et l’établissement », explique le Dr Runte. « Et c’est important pour un certain nombre de raisons, y compris le talent, car lorsque des personnes s’engagent dans ces installations de recherche, très souvent, elles embauchent ces étudiants pour qu’ils suivent des programmes coopératifs ou pour les rejoindre plus tard en tant que personnel.

La FCI finance environ 40 pour cent de l’infrastructure de recherche des établissements universitaires du Canada, « les provinces fournissent habituellement les 40 pour cent restants, et 20 pour cent proviennent de l’industrie », explique le Dr Runte.

Peut-être qu’au Canada, nous pourrions réfléchir un peu à (comment) nous pouvons relier trois petites entreprises pour qu’elles deviennent une grande entreprise et ensuite s’associer dans cet environnement.

Dr Garnette Sutherland, neurochirurgien et professeur, Université de Calgary

Le financement de l’organisation a contribué à des dizaines de découvertes à travers le pays, notamment sur l’asphalte résistant aux fissures, grâce à une collaboration entre l’Université de Brandon et l’entreprise Cypher Environmental de Winnipeg, qui vend désormais ses produits partout dans le monde.

Un autre exemple concerne l’Université Carleton d’Ottawa, qui a travaillé avec un brasseur local pour déterminer les niveaux de sucre dans le houblon (cela diffère d’une saison à l’autre) afin de s’assurer que le brasseur fabriquait un produit constant tout au long de l’année.

Et l’Université de Guelph développe des cultures résistantes au climat et aux maladies, dont certaines sont commercialisées auprès des agriculteurs.

Parfois, l’industrie vient nous appeler pour résoudre un défi commercial et, d’un autre côté, les chercheurs doivent utiliser les ressources de l’industrie. Le Dr Garnette Sutherland, neurochirurgien et professeur au Département de neurosciences cliniques de l’Université de Calgary, a créé et dirige le projet neuroArm qui a produit le premier robot au monde compatible avec l’IRM, capable d’effectuer une chirurgie cérébrale guidée par l’image.

Le Dr Sutherland avait besoin de l’expertise des ingénieurs spatiaux pour concrétiser ses théories.

Pour construire son appareil, qui a effectué sa première intervention chirurgicale en 2008, le Dr Sutherland a demandé l’aide de Macdonald Dettwiler & Associates (MDA), de Brampton, en Ontario, constructeurs des célèbres Canadarm, Canadarm2 et Dexter situés à la Station spatiale internationale.

«Nous avions besoin de tout un groupe de personnes possédant une formidable expérience dans la construction de telles technologies… pour résoudre ce problème», se souvient le Dr Sutherland, ajoutant que plus de 150 ingénieurs de MDA travaillaient sur le projet neuroArm.

Depuis que la technologie neuroArm a été brevetée, la société de technologie médicale OrbSurgical Ltd. a été créée en tant que spin-off commerciale, qui compte désormais une équipe de chirurgiens, de scientifiques, d’ingénieurs et de chefs d’entreprise chargés de développer des outils intelligents et une robotique chirurgicale pour les salles d’opération.

Le Dr Sutherland reconnaît que l’accès à une grande entreprise dotée d’un effectif suffisamment important pour permettre cette collaboration particulière n’est pas la norme au Canada, ce qui pourrait expliquer pourquoi certaines des recherches transformées en inventions au pays aboutissent dans des entreprises à l’extérieur du pays.

« Pour entreprendre un tel projet (comme neuroArm), il ne faut pas nécessairement qu’il s’agisse d’une petite entreprise qui n’a pas d’expertise », dit-il. « Peut-être qu’au Canada, nous pourrions réfléchir un peu à (comment) nous pouvons relier trois petites entreprises pour qu’elles deviennent une grande entreprise et ensuite s’associer dans cet environnement.

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