Opinion : Alors que le gouvernement fédéral tergiverse, le secteur technologique canadien languit

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La Tour de la Paix sur la Colline du Parlement à Ottawa, le 13 décembre 2023.Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne

Adam Froman est le fondateur et PDG de Delvinia, ainsi qu’un entrepreneur et innovateur primé. David A. Wolfe est professeur de sciences politiques à l’Université de Toronto Mississauga et codirecteur du laboratoire de politiques d’innovation à la Munk School of Global Affairs and Public Policy.

Le succès des startups et des entreprises technologiques en croissance est crucial pour l’avenir économique du Canada, mais les perspectives de ce secteur ne sont pas aussi brillantes qu’elles devraient l’être.

Le problème est parfois difficile à voir, car les données de Statistique Canada montrent que les expansions technologiques, définies par la croissance des revenus, affichent les niveaux de croissance de productivité les plus élevés au pays. Cependant, même avec ce succès démontré, il n’y a tout simplement pas assez de ces entreprises pour avoir un impact sur la performance globale en matière d’innovation du Canada.

Les décideurs politiques semblaient le reconnaître dans le passé, mais maintenant Ottawa tergiverse. Il existe un écart béant entre les aspirations du gouvernement et ses efforts pour soutenir les expansions technologiques du Canada.

En février 2023, le gouvernement a publié son projet pour la Société canadienne d’innovation. Il faisait suite à un engagement qu’il avait pris d’aider à stimuler les investissements des entreprises canadiennes dans la recherche et le développement. Le CIC a été conçu pour fonctionner avec un budget initial de 2,6 milliards de dollars sur quatre ans et devait commencer ses opérations avant la fin de 2023.

En décembre dernier, le gouvernement a tardé. Les ministères des Finances et de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique ont surpris la communauté technologique en reportant la mise en œuvre du CIC « au plus tard en 2026-2027 ». Cela a mis un frein à une quantité considérable de travail du gouvernement, de l’industrie et des universitaires pour réinventer Le système de soutien à l’innovation du Canada.

S’il est compréhensible qu’une stratégie visant à stimuler les dépenses de R&D à mesure que la pandémie de COVID-19 recule ne soit pas facile, personne ne s’attendait à un arrêt aussi complet. Dire à une communauté technologique canadienne épuisée, épuisée par la pandémie, à court de ressources financières et en manque de talents de s’asseoir et d’attendre trois ans pour « éventuellement » recevoir le soutien de la nouvelle agence d’innovation, c’est en fait afficher un grand panneau disant : « Vous êtes seul. »

Les entreprises technologiques du Canada n’auront d’autre choix que de trouver par elles-mêmes comment composer avec des taux d’intérêt élevés et une économie mondiale instable, en attendant la création d’une société fédérale d’innovation efficace et harmonisée, qui pourrait ou non voir le jour. Il ne s’agit pas de la solution coordonnée et rationalisée que les entrepreneurs méritent et attendent de leur gouvernement pour soutenir la croissance et l’expansion sur les marchés mondiaux au sein d’un secteur technologique dynamique et en évolution rapide.

Une nouvelle étude de recherche de l’Innovation Policy Lab de l’Université de Toronto a interrogé plus de 100 PDG d’entreprises technologiques à grande échelle. L’étude a révélé que 86 pour cent des personnes interrogées étaient d’accord sur l’importance des subventions gouvernementales directes pour accélérer leur croissance. Dans le même temps, 70 pour cent se disent préoccupés par la manière d’accéder aux subventions.

Les politiques actuelles ne font pas ce qui est nécessaire pour aider le secteur. Par exemple, les politiques du marché du travail se concentrent sur l’embauche de talents nationaux, mais ne répondent pas à la nécessité pour les entreprises d’accéder à une main-d’œuvre mondiale distante.

Parallèlement, les taux d’intérêt actuels créent d’importants problèmes de trésorerie pour de nombreuses entreprises en croissance, et les banques ont resserré leurs politiques de prêt. Cela rend particulièrement difficile pour les entreprises technologiques d’emprunter l’argent dont elles ont besoin pour se développer ; ils possèdent des actifs de propriété intellectuelle incorporels qui n’apparaissent pas dans leurs bilans.

L’annonce initiale du CIC appelait les décideurs politiques à « adopter une politique industrielle plus stratégique qui déploie de multiples instruments politiques de manière holistique pour soutenir les entreprises technologiques canadiennes prometteuses ». Le report du CIC érode la confiance de notre secteur technologique dans l’engagement du gouvernement à fournir un cadre politique pertinent pour soutenir les startups et les entreprises en croissance à leur rythme de croissance.

Jusqu’à ce que le gouvernement rattrape le rythme auquel évoluent les entreprises les plus innovantes du Canada, les entrepreneurs technologiques devront faire preuve d’ingéniosité tout en retenant leur souffle. Étant donné que les attentes ont été définies avec beaucoup d’optimisme au sein de la communauté technologique, il aurait été préférable de tenir la promesse initiale.

Espérons maintenant que nos entrepreneurs en démarrage et en expansion technologique ne perdront pas confiance en leur capacité à rester au Canada au fur et à mesure de leur croissance. Des rumeurs courent déjà au sein de la communauté du capital-risque selon lesquelles des startups quitteraient le Canada pour chercher du financement au sud de la frontière.

Même si le gouvernement a trébuché dans ses efforts pour créer une nouvelle agence pour soutenir nos entreprises innovantes, les entrepreneurs technologiques ne devraient pas perdre confiance. De nombreux autres programmes existent encore, mais ils fonctionnent de manière indépendante, obligeant ainsi les entreprises à remplir des demandes distinctes. Il appartient donc aux entrepreneurs technologiques d’identifier et de naviguer eux-mêmes dans ces programmes.

La communauté technologique canadienne est résiliente et optimiste, et les entrepreneurs continueront de retenir leur souffle pour que le gouvernement respecte son engagement à soutenir leur croissance.

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