Opinion : La Banque Laurentienne peut-elle retrouver son rythme ?

À l’heure actuelle, la Banque Laurentienne du Canada LB-T est un prêteur zombie.

La banque montréalaise rétrécit. Ses résultats financiers les plus récents, publiés la semaine dernière, ont montré une baisse des bénéfices. Son portefeuille de prêts est plus réduit qu’il y a un an et les dépôts des clients sont en baisse. Les seules choses qui augmentent, ce sont les coûts de la Laurentienne : les dépenses de la banque ont augmenté plus que prévu par les analystes, car elle a investi dans la technologie à la suite d’une panne de système l’automne dernier.

Éric Provost, président-directeur général de la Laurentienne, a promis de livrer une nouvelle vision stratégique ce printemps, visant à redonner vie au zombie. M. Provost, parachuté au poste le plus élevé en octobre, doit élaborer et exécuter un plan de croissance, un défi que ses successeurs n’ont pas réussi à relever.

Quel est le plan?

À court terme, M. Provost peut présenter des arguments crédibles en faveur de la défense. Le portefeuille de prêts de la Laurentienne est plus petit qu’il ne l’était il y a un an parce que la banque fait preuve de prudence lorsqu’elle accorde du crédit à des clients à risque plus élevé, comme les promoteurs immobiliers et les détaillants de bateaux.

Lorsque le portefeuille de prêts d’une banque diminue, elle a besoin de moins de dépôts pour équilibrer ses comptes. Au cours des derniers mois, la Laurentienne a volontairement concédé des parts de marché dans des secteurs comme les dépôts à terme, où la clientèle se rue vers les institutions offrant les taux d’intérêt les plus élevés.

La prudence, cependant, ne joue pas bien auprès des investisseurs.

Après une tentative ratée de vendre la banque l’été dernier, la valorisation boursière de la Laurentienne est bien inférieure à celle de ses rivales et à sa propre norme historique. Les actions de la banque se négocient à moins de la moitié de leur valeur comptable. Les actions des six grandes banques du pays génèrent une prime moyenne de 1,27 pour cent par rapport à leur valeur comptable.

Historiquement, les actions de la Laurentienne se négocient à 90 pour cent de leur valeur comptable. L’une des raisons pour lesquelles le conseil d’administration de la banque a décidé de ne pas vendre le prêteur l’été dernier est qu’aucun des acheteurs potentiels n’a fait d’offre dépassant la valeur comptable de la Laurentienne.

Après que la Laurentienne a annoncé ses plus récents résultats jeudi dernier, plusieurs analystes ont abaissé leurs objectifs de cours boursiers à des niveaux encore inférieurs à la valeur déprimée actuelle des actions de la banque.

M. Provost doit montrer que la Laurentienne peut revenir en attaque. Alors que le PDG et son équipe de direction travaillent toujours sur leur plan stratégique et demandent de la patience aux investisseurs, le patron de la Laurentienne commence à laisser des indices sur les domaines dans lesquels la banque voit un potentiel de croissance.

Au cours des dernières années, la division de la Laurentienne qui a connu la croissance la plus rapide a été son activité de prêt aux États-Unis, Northpoint Commercial Finance, qu’elle a acquise en 2017. Auparavant, l’ensemble des activités de Northpoint consistait à faire équipe avec des concessionnaires de bateaux et de véhicules récréatifs pour financer les achats des clients.

Avec le soutien de la Laurentienne, Northpoint s’est lancée dans le financement d’équipements de construction et agricoles, d’électronique grand public, de maisons préfabriquées, d’électroménagers et de technologie. L’entreprise, basée à Alpharetta, en Géorgie, a éliminé le caractère saisonnier de ses activités. Fin janvier, Northpoint disposait de 4,3 milliards de dollars de prêts, contre 4,8 milliards de dollars il y a un an.

La Laurentienne doit trouver le chemin de la croissance alors qu’elle annonce sa décision de demeurer une banque autonome

Lors d’une récente conférence d’investisseurs organisée par RBC Marchés des Capitaux, un membre de l’auditoire a demandé à M. Provost si la Laurentienne envisagerait de vendre Northpoint afin de libérer des capitaux qui pourraient être utilisés pour développer ses activités au Canada. M. Provost s’est donné beaucoup de mal pour expliquer pourquoi la banque va dans la direction opposée.

Il a déclaré que Northpoint stimulait constamment la croissance, même si la Laurentienne peine à trouver des endroits où se développer sur son marché intérieur. Il a ajouté que la question pour la Laurentienne est de savoir « pouvons-nous établir un partenariat » à Northpoint pour pénétrer de nouveaux marchés et ajouter des capitaux. M. Provost a également déclaré que Northpoint travaillait sur des opportunités de « marque blanche » davantage de ses prêts, soutenant les fournisseurs de nouveaux secteurs en accordant du crédit à leurs clients.

The Street adopte une approche de démonstration sur la Laurentienne. Après l’échec du processus de vente, le roulement de personnel au sein de la direction et les problèmes technologiques de l’automne dernier (les clients n’ont pas pu accéder à leurs comptes pendant une bonne partie de la semaine), la valorisation de la banque reflète un prêteur au potentiel de croissance limité.

Ce printemps, M. Provost devra renverser la situation. Basé sur le matériel que le PDG a testé récemment avec le public, son argumentaire se concentrera sur la construction de la plateforme de prêt américaine de Northpoint.

Si la Laurentienne parvient à mettre en œuvre une stratégie de croissance, un titre moribond prendra son envol. Si le plan échoue, le conseil d’administration de la banque pourrait encore une fois être contraint d’envisager des offres de rachat à un prix inférieur à la valeur comptable de la Laurentienne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *