Opinion : Le gouvernement Trudeau a besoin de plus que des mots pour rétablir le consensus sur l’immigration

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Le ministre canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, prend la parole lors de la période des questions à la Chambre des communes sur la Colline du Parlement à Ottawa, le 26 février.BLAIR GABLE/Reuters

Le ministre de l’Immigration, Marc Miller, peut réciter des chapitres et des versets sur ce qui ne va pas dans notre système d’immigration. Pas tous les chapitres ni tous les versets, mais quand même : un ministre du gouvernement Trudeau prêt à parler d’au moins une partie de ce qui ne fonctionne pas, dans la machine que son équipe a construite, est une merveille à voir.

Mais les paroles ne coûtent rien, surtout dans le gouvernement Trudeau qui privilégie les communications. Et M. Miller est en poste depuis sept mois. Ce n’est pas tout à fait une vie en politique, mais on y arrive.

Au cours de ces sept mois, M. Miller a écouté, fait l’objet de pressions et a dit un certain nombre de choses sensées sur ce qu’il pourrait éventuellement faire. Cependant, il n’a pris des mesures, et des mesures limitées, que sur un seul dossier : le programme de visa étudiant. Au cours du gouvernement Trudeau, ces visas sont devenus un programme alternatif pour les travailleurs étrangers temporaires à faible salaire et une porte dérobée bon marché vers la résidence permanente.

Mais qu’en est-il de l’expansion massive des autres flux de travailleurs étrangers temporaires, qui a conduit à 2,5 millions de résidents étrangers au Canada à l’automne dernier selon les chiffres officiels (et officieusement peut-être un million de plus), soit près du double du chiffre de deux ans plus tôt ? Beaucoup de discussions de la part de M. Miller. Pas d’action.

L’impact se mesure par la baisse du PIB par habitant, ce qui est difficile à constater, et par une pression à la hausse sur les prix de l’immobilier, en particulier sur les loyers, ce qui est difficile à ignorer.

L’inadéquation grave entre l’offre et la demande de logements a des causes à long terme et à court terme. Parmi les causes à long terme figurent des décennies de sous-construction. Mais la principale cause à court terme est une hausse de la population canadienne, entraînée par la décision du gouvernement de favoriser une augmentation considérable du nombre de résidents temporaires.

Jetez un œil au tableau ci-joint. Il montre la relation entre l’augmentation annuelle de la population adulte du Canada et le nombre de mises en chantier.

Les lignes n’ont jamais fonctionné en parfaite harmonie, et même de petites déconnexions dans le passé ont contribué à de fortes fluctuations des prix. Après la bulle immobilière des années 1980, la construction a chuté dans les années 1990, ce qui a alimenté la hausse des prix des années 2000.

Ce qui s’est produit depuis est cependant sans précédent et hors du commun.

En 2016, la population adulte du Canada a augmenté de 334 000 personnes. En 2022, ce chiffre était de 629 000. L’année dernière, c’était plus d’un million. Au cours de la même période, les mises en chantier annuelles sont passées d’un peu moins de 200 000 à 252 000.

Cette hausse des mises en chantier est en fait impressionnante. Nous avons connu trois années consécutives plus d’un quart de million de mises en chantier – du jamais vu depuis les années 1970. Mais la rapidité et l’ampleur de l’augmentation de la population ont submergé tout cela. L’offre de logements augmente ; la demande de logements via la croissance démographique explose.

La Société canadienne d’hypothèques et de logement a estimé l’année dernière qu’au rythme actuel de construction, le Canada manquerait d’environ 3,5 millions de logements d’ici 2030. L’économiste de la Banque Canadienne Impériale de Commerce, Benjamin Tal, a récemment découvert que, compte tenu de l’augmentation de la population, nous sommes sur la bonne voie. piste pour un manque à gagner de cinq millions de logements.

À long terme, il est bien entendu possible de construire des millions de logements supplémentaires. Et à long terme, c’est ce dont le Canada a besoin.

Mais même dans un monde parfait, il faut des années pour concevoir, financer, commercialiser, construire et terminer un condo, une tour d’appartements ou un lotissement. Le réaménagement de l’ancien magasin discount Honest Ed’s de Toronto en magasins, bureaux et plus de 900 appartements a été annoncé en 2015. La construction a commencé en 2017. Elle n’est toujours pas terminée.

Comme l’a si bien dit John Maynard Keynes, à long terme, nous sommes tous morts. Ce qu’il voulait dire, c’est que même si diverses formes de souffrance économique pourraient se résoudre d’elles-mêmes dans un avenir lointain, si vous disposez d’outils pour mettre fin à cette souffrance dès maintenant, pourquoi ne pas les utiliser ?

Au lieu de cela, le gouvernement Trudeau semble miser sur la résolution de la crise du logement, ou plus précisément de sa propre crise de popularité, par une stratégie visant à modifier les perceptions des électeurs plutôt qu’à changer la réalité économique sous-jacente. Les derniers mois ont été marqués par un flux constant d’annonces de financement de logements, petites mais ensoleillées, et de séances de photos avec les premiers ministres et les maires. Quelques centaines de millions de dollars ici et quelques centaines de millions là, pour construire quelques centaines de logements ici et quelques centaines là.

Le problème est que l’ambition et les fonds ne sont pas du tout à la hauteur du problème. Encore une fois : au cours des six prochaines années, le Canada devra construire non pas cinq millions de logements, mais cinq millions plus de maisons qu’il n’en aurait été autrement construit.

Et la crise du logement est ici et maintenant. Si vous perdez l’électricité, vous souhaitez que le service soit rétabli il y a cinq minutes. Une annonce concernant la mise en service de nouvelles installations de production en 2032 n’est pas ce que vous recherchez.

Mettre fin à l’inadéquation grave entre l’offre et la demande de logements, au cours de cette décennie plutôt que de la suivante (ou de la suivante), signifie s’attaquer à la cause de la hausse de la demande. Cela signifie réduire considérablement le programme des travailleurs étrangers temporaires, réduire et améliorer le programme de visa pour étudiants, et des mesures comme réintroduire les exigences de visa pour les touristes mexicains, que le gouvernement Trudeau a supprimées en 2015 et qui a conduit des dizaines de milliers de demandeurs d’asile à arriver au pays. Aéroports canadiens.

Le Canada avait un consensus sur l’immigration des années 1960 à 2015. Le gouvernement Trudeau l’a brisé. M. Miller peut le restaurer. Mais des belles paroles ne suffira pas.

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