Éditorial du Globe : La prochaine urgence en matière d’immigration à Ottawa

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Un travailleur étranger temporaire du Mexique est photographié dans une ferme de petits fruits à Mirabel, au Québec, le 6 mai 2020.Graham Hughes/La Presse Canadienne

Une tendance est apparue dans la politique libérale d’immigration au cours de la dernière année : ignorer les preuves croissantes de problèmes, rejeter les grondements de critiques et, enfin, prendre le plus petit geste possible pour éviter une calamité totale.

Depuis des mois, de nombreuses preuves montrent que le rythme des nouveaux arrivants, en particulier des migrants temporaires, exerce une pression inacceptable sur le logement dans les grandes villes et sur d’autres infrastructures sociales. Mais ce n’est qu’en novembre que le gouvernement Trudeau a pris la mesure provisoire de freiner la croissance de l’immigration permanente – qualifiée à tort de « stabilisatrice » par le gouvernement. Même avec ce changement, les objectifs d’immigration permanente augmenteront cette année et l’année prochaine, avec 55 000 personnes supplémentaires admises au cours de cette période de deux ans.

La semaine dernière, des demi-mesures ont été prises pour freiner la croissance spectaculaire du nombre d’étudiants internationaux, le ministre de l’Immigration, Marc Miller, annonçant un plafond de deux ans pour les visas d’études internationaux. Mais ce plafond est imposé avec des visas déjà à des niveaux historiquement élevés.

Ce qui est plus préoccupant, c’est la réticence du gouvernement à revenir sur les politiques qui ont ouvert la voie à cette hausse. Les étudiants peuvent travailler à temps plein hors campus, souvent tout en fréquentant des établissements privés dont les programmes sont peu rigoureux. Une fois diplômés, ils sont éligibles à un visa de travail valable jusqu’à trois ans, un gros avantage pour obtenir la résidence permanente.

Les libéraux ont réussi à transformer discrètement le programme de visa étudiant en un programme pour travailleurs étrangers temporaires, avec une voie rapide vers le statut permanent. Aucun des ajustements apportés par le gouvernement jusqu’à présent ne change cette réalité.

Et maintenant, la prochaine urgence en matière d’immigration bouillonne. Cette fois, ce sont les demandeurs d’asile – notamment du Mexique – qui atteignent des niveaux records. Le premier ministre du Québec, François Legault, a fait part de ses inquiétudes face au fardeau excessif qui pèse sur sa province, mais il ressort clairement des chiffres du gouvernement fédéral qu’il existe un problème plus vaste.

Au cours des 11 premiers mois de l’année dernière, 128 690 personnes ont présenté une demande d’asile au Canada, soit plus du double du nombre enregistré au cours de l’année prépandémique de 2019. Les demandes de ressortissants mexicains en 2023 représentaient 17 % du total, soit près du double de leur proportion en 2019. .

Cela signifie-t-il qu’une crise humanitaire se prépare au Mexique ? Il est certain que la menace posée par les cartels de la drogue est une motivation réelle et suffisante pour de nombreux Mexicains à fuir pour se réfugier au Canada.

Mais les taux d’approbation des demandes d’asile en provenance du Mexique racontent une tout autre histoire. Au cours des 11 premiers mois de 2023, un peu plus de 42 pour cent des demandeurs ont obtenu le statut de réfugié. Il s’agit du troisième taux d’approbation le plus bas parmi les 175 pays répertoriés dans les données gouvernementales. Les défenseurs des droits des réfugiés affirment que les autorités de l’immigration minimisent les menaces auxquelles sont confrontés certains Mexicains, mais les statistiques indiquent qu’un grand nombre de personnes revendiquant le statut de réfugié sont en réalité des migrants économiques.

Les décisions politiques des libéraux ont joué un rôle. Les Mexicains ne sont pas tenus d’obtenir un visa de visiteur pour venir au Canada. Et en 2019, le gouvernement Trudeau a abandonné une politique conservatrice qui limitait les droits des demandeurs d’asile de 42 pays désignés comme relativement sûrs, dont le Mexique.

L’augmentation du nombre de demandeurs mexicains depuis 2019 a contribué à une explosion de l’arriéré de demandes, qui a plus que doublé depuis 2021 pour atteindre 126 131. Si le Canada cessait d’accepter des réfugiés aujourd’hui, il faudrait plus de trois ans pour éliminer cet arriéré aux taux de traitement actuels.

Le système de protection des réfugiés approche rapidement d’un point de crise ; les libéraux doivent agir rapidement avant que cela ne se produise. M. Legault a lancé l’idée de réimposer les visas de visiteur aux ressortissants mexicains, le ministre de la Sécurité publique, Dominic LeBlanc, ayant déclaré que le gouvernement fédéral envisageait cette option.

Si Ottawa ne fait que cela, ce ne sera qu’une autre demi-mesure tardive. Les libéraux doivent aller plus loin et réexaminer le programme de protection du pays de l’ère Harper. Les tribunaux ont invalidé certaines de ses dispositions (y compris des dispositions inutilement cruelles telles que le refus des prestations de soins de santé). Mais l’idée centrale est solide : réduire l’incitation des migrants économiques en provenance de pays moins à risque à déposer une demande d’asile, notamment en accélérant le traitement de leur demande.

Le Canada a une responsabilité envers les réfugiés, mais cette responsabilité n’empêche pas le gouvernement de combler les failles évidentes du système qui sont exploitées par ceux qui n’ont pas de demande d’asile plausible.

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