Éditorial du Globe : Le Canada est prêt à se mettre sous tension

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La signalisation d’Ontario Power Generation est visible dans une installation du Darlington Power Complex, à Bowmanville, en Ontario, le 31 mai 2019.Cole Burston/La Presse Canadienne

Le Canada est un pays bâti sur ses ressources naturelles – pétrole, arbres, poisson – mais l’un de ces avantages a longtemps été tenu pour acquis : une abondance d’énergie propre.

Contrairement aux États-Unis et à de nombreux autres pays, le Canada dispose d’un réseau électrique essentiellement propre, dominé par l’hydroélectricité et le nucléaire. Il est clair depuis plusieurs années que l’avenir de l’économie et la réduction des émissions liées à la combustion de combustibles fossiles reposeraient sur une plus grande quantité d’énergie propre. Pourtant, les provinces hésitaient à prendre des mesures importantes.

L’avenir exige quelque chose de différent. Les réseaux électriques doivent se développer plus rapidement que par le passé, pour électrifier des secteurs tels que les transports et le chauffage domestique, ainsi que pour soutenir une population croissante. Mais plutôt qu’un nouveau barrage ou une centrale nucléaire imposante, l’approche doit consister à faire un tas de choses en tandem. Il s’agit d’une stratégie combinant tous les éléments ci-dessus, depuis l’énergie solaire, éolienne et le stockage par batteries, jusqu’aux petits réacteurs nucléaires et au gaz naturel avec captage du carbone – et un réseau de lignes électriques interprovinciales pour relier tout cela.

Le principal changement survenu ces derniers mois réside dans la volonté des provinces de faire preuve d’audace. En novembre, Hydro-Québec a présenté un plan de 100 milliards de dollars pour étendre son réseau au cours de la prochaine décennie. Et il ne s’agit pas non plus de reproduire les succès passés. Cela comprend un triplement de l’énergie éolienne et une plus grande ouverture à la production d’électricité du secteur privé.

En décembre, pour compléter ses investissements dans le nucléaire, l’Ontario a dévoilé un pari important sur l’énergie renouvelable. À l’instar du Québec, l’Ontario a cité l’abondance d’énergie propre comme un pilier clé de la croissance économique.

La Colombie-Britannique a été la dernière à prendre une décision la semaine dernière. Comme au Québec et en Ontario, le réseau électrique de la Colombie-Britannique est déjà en grande partie propre, mais il existe des défis. La Colombie-Britannique importe plus d’électricité que jamais en raison de la sécheresse. La province, prévoyant une augmentation de la demande d’électricité d’au moins 15 pour cent d’ici la fin de la décennie, a annoncé une augmentation de 50 pour cent des dépenses prévues chez BC Hydro au cours de la prochaine décennie. BC Hydro recherche également une nouvelle électricité du secteur privé pour la première fois en 15 ans.

Dans l’Alberta voisine, les défis sont de taille, mais les retombées pourraient être plus importantes. La province a connu ce mois-ci un gel profond et brutal qui a presque provoqué des pannes d’électricité répétées. Mais l’expérience a révélé d’importantes leçons : une petite quantité de stockage sur batterie s’est avérée d’une grande aide et un appel à réduire la demande de pointe avec une alerte à l’échelle de la province a permis de réaliser d’importantes économies d’énergie. Le stockage et une meilleure gestion de la demande seront des éléments essentiels de toute stratégie dans les années à venir.

Pendant ces jours glacials, le fait que l’Alberta ait pu tirer une certaine électricité de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan a également aidé.

Cela souligne une stratégie globale. L’Alberta avait une activité solaire et éolienne en plein essor, avant que la province ne suspende les approbations l’été dernier. Le gaz naturel a un rôle à jouer, mais l’énergie solaire et éolienne, complétées par de vastes batteries de stockage, promettent des coûts inférieurs pour les consommateurs. Et des entreprises comme Capital Power d’Edmonton explorent de nouveaux territoires. La semaine dernière, il a accepté de travailler avec Ontario Power Generation pour amener l’énergie nucléaire en Alberta.

Regardez ensuite ce qu’on appelle les interconnexions, les lignes de transmission qui relient les provinces. Ils existent – ​​mais la capacité devrait être bien plus grande. Cet espace l’a déjà dit, mais il convient de le répéter : les provinces envoient plus d’énergie vers le sud que les unes vers les autres. Les réservoirs hydroélectriques de la Colombie-Britannique et du Manitoba devraient servir de batteries géantes pour l’ensemble des Prairies. Un article paru en 2022 dans l’Osgoode Hall Law Journal plaidait pour qu’Ottawa utilise son pouvoir constitutionnel pour prendre la tête des infrastructures de transport nationales et soutenait que l’absence de telles lignes « dissuade les investissements privés dans les projets d’énergie renouvelable ».

Il est délicat d’assembler des politiques nationales qui tiennent compte des nuances régionales. Les libéraux fédéraux ont proposé une réglementation sur l’électricité propre, afin de réduire la plupart des émissions du réseau électrique d’ici 2035. Le projet de règles initial présentait une certaine flexibilité mais, comme cet espace et d’autres l’ont soutenu, il faut faire plus. L’abordabilité et la fiabilité doivent être des objectifs primordiaux. Dans le même temps, des provinces comme l’Alberta doivent accélérer, et non entraver, l’énergie propre, car Ottawa autorise l’utilisation de gaz naturel dans les années à venir, et plusieurs nouvelles grandes centrales devraient ouvrir leurs portes en Alberta. Et n’oubliez pas les subventions intelligentes d’Ottawa pour le développement de l’énergie propre. Un investissement fédéral distinct d’environ 1 milliard de dollars en 2022 est ce qui a donné le coup d’envoi à la renaissance nucléaire de l’Ontario.

Les énergies renouvelables mondiales devraient plus que doubler au cours de cette décennie. Le Canada est déjà un leader. Le pays doit tirer parti de ses atouts naturels.

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