Éditorial du Globe : Les demi-mesures des libéraux ne répareront pas un système d’immigration défaillant

Après des mois de pression, les libéraux de Trudeau tentent enfin de ralentir la croissance effrénée des permis d’études pour les étudiants internationaux. Le système est « devenu incontrôlable », a déclaré ce week-end le ministre de l’Immigration, Marc Miller.

C’est une description exacte, même si M. Miller a omis de mentionner qui, précisément, aurait pu être assez négligent au point de laisser les choses devenir si incontrôlables. Les résultats, cependant, sont évidents : des centaines de milliers de résidents temporaires supplémentaires qui ont exercé une pression supplémentaire sur les marchés immobiliers (et qui ont eux-mêmes ressenti les conséquences de la hausse des loyers) et des questions sur une éventuelle exploitation des étudiants étrangers par des acteurs sans scrupules.

Le gouvernement lance maintenant l’idée d’un plafond sur le nombre d’étudiants étrangers en Colombie-Britannique, en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Il s’agit d’une demi-mesure qui ne règle pas le problème fondamental, à savoir que l’assouplissement progressif des règles relatives au travail sur les campus a transformé les visas étudiants en un programme de travailleurs étrangers temporaires.

Et cette demi-mesure ne cible que la moitié du problème – en fait, plutôt un quart. La plus grande question, et que les libéraux doivent encore aborder au-delà de vagues déclarations d’intention, est celle des travailleurs temporaires.

Les données de Statistique Canada pour le troisième trimestre de l’année dernière sont révélatrices. Au 1er octobre, il y avait 2,2 millions de résidents non permanents titulaires d’un permis de travail ou d’études, soit un gain de plus de 380 000 au cours des trois mois précédents.

Près des trois cinquièmes de cette augmentation provenaient des résidents non permanents titulaires d’un permis de travail ; ceux qui détenaient un permis d’études ne représentaient que 27 pour cent de l’augmentation. La répartition est similaire si l’on considère le nombre total de titulaires de permis : 52 pour cent ont un permis de travail et 30 pour cent ont un permis d’études.

Une autre mesure pertinente concerne les permis de travail postuniversitaires, délivrés aux étudiants internationaux lorsqu’ils obtiennent leur diplôme. De tels permis permettent à leur titulaire de rester et de travailler au Canada pendant une période maximale de trois ans. Le nombre de titulaires de permis de troisième cycle a triplé depuis 2015, pour atteindre 284 605 en 2022.

Cela aussi semble faire partie d’un système qui devient incontrôlable. Mais les libéraux restent curieusement léthargiques quant à l’idée de faire grand-chose à ce sujet. À ce jour, ils n’ont fait que des déclarations très vagues. Fin octobre, le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté a déclaré qu’il évaluerait le programme de permis de travail postdiplôme « dans les mois à venir ». Encore une fois, un plan pour arriver à un plan, à un moment indéterminé.

La léthargie est difficile à comprendre. Oui, il y a des parties prenantes à prendre en compte. Les établissements postsecondaires sont devenus trop dépendants des gros frais de scolarité payés par les étudiants étrangers. Les entreprises sont également devenues dépendantes d’une main-d’œuvre bon marché qui confine parfois à la servitude sous contrat.

Mais il devrait désormais être tout à fait clair pour les libéraux que l’immigration temporaire est bien trop importante et qu’elle fausse les marchés du logement et du travail. Le gouvernement doit arrêter les ballons d’essai, les réflexions et les demi-mesures et plutôt élaborer un plan global pour restaurer la confiance chancelante des Canadiens dans le système d’immigration, en commençant par une réforme sérieuse de la migration temporaire.

Les permis d’études sont un élément clé de toute réforme. Jusqu’à présent, les mesures prises par le gouvernement sont trop timides. Une meilleure approche, comme cet espace l’a déjà soutenu, serait de réduire l’incitation économique des écoles à chiots à proposer de faux diplômes en limitant les étudiants internationaux au travail sur le campus.

Les permis de travail postuniversitaires doivent également être réformés. Si le nombre de permis d’études peut être réduit, cela réduira à son tour la demande de permis d’études supérieures. Mais le gouvernement devrait également repenser leur durée : un permis temporaire de trois ans est un oxymore.

Enfin, il y a le programme de base des travailleurs étrangers temporaires, que les libéraux ont permis de développer au-delà de la structure antérieure qui était largement limitée au secteur agricole. Ce gouvernement, habituellement indifférent aux problèmes des entreprises canadiennes, s’est montré curieusement accommodant aux arguments de pénurie de main-d’œuvre lancés par les groupes de pression du monde des affaires. Il faut mettre un terme à ces accommodements : le système d’immigration ne doit pas être utilisé pour subventionner des employeurs qui ne peuvent pas ou ne veulent pas payer un salaire conforme au marché.

Comme M. Miller semble l’avoir reconnu, le système d’immigration est effectivement devenu incontrôlable. Une action rapide est nécessaire pour restaurer sa stabilité : pas dans les mois à venir, mais maintenant.

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