Éditorial du Globe : Prescrire une forte dose de compétition

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Manulife Financial Corp. est revenue sur sa décision de signer un accord exclusif avec Loblaw Cos. Ltd après une réaction négative du public.Cole Burston/La Presse Canadienne

C’est le genre de chose que les grandes entreprises canadiennes se disent trop à l’aise depuis trop longtemps : moins de concurrence, c’est mieux.

À la mi-janvier, Manuvie a annoncé que la plupart des personnes qui achètent des médicaments spécialisés coûteux par l’intermédiaire de l’assureur ne pourraient le faire que dans les pharmacies Loblaw, dont Shoppers Drug Mart. Manuvie a affirmé que c’était « pour le bénéfice » des clients.

Cela n’a suscité que peu d’attention jusqu’à la fin janvier, lorsque les reportages des médias ont soulevé des questions. Il n’est pas nécessaire d’être un expert en droit de la concurrence pour voir les problèmes quand l’un des rares grands assureurs vous dit que c’est une bonne chose que les médicaments essentiels au maintien de la vie soient fournis par un « fournisseur de services unique ».

Pourtant, ce n’était pas un faux pas accidentel. L’assurance et les pharmacies sont deux des nombreux secteurs de l’économie dominés par un petit nombre de grands noms, et la loi sur la concurrence, trop faible, n’interdisait pas spécifiquement de tels arrangements.

Cette fois, cependant, il y a eu un retour de bâton – parallèlement à la perspective que l’accord tombe du mauvais côté d’une loi sur la concurrence récemment renforcée.

Les experts ont qualifié cela d’exemple de grandes entreprises « exerçant leur pouvoir de marché » et évinçant leurs petits concurrents. Le Bureau de la concurrence, qui dans le passé n’aurait pas eu grand-chose à dire publiquement, a parlé de « pratiques commerciales restrictives » et de la nécessité d’une « surveillance accrue de l’industrie en enquêtant sur les allégations d’actes répréhensibles » dans le domaine des soins de santé.

Les libéraux fédéraux, qui ont mené une refonte de la Loi sur la concurrence, soutenus par les conservateurs et le NPD, ont déclaré que Manuvie et Loblaw ne semblaient pas avoir compris le message selon lequel « nous voulons plus de concurrence ».

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Un changement juridique imminent semble également avoir été un facteur. En décembre, la Chambre des communes a adopté à l’unanimité une série d’amendements aux règles qui régissent la concurrence. Parmi eux figurait la capacité du bureau à évaluer si les accords entre des entreprises qui ne sont pas directement en concurrence peuvent en fait être anticoncurrentiels.

Lundi, Manuvie a abandonné ses projets. Après avoir déclaré que moins de choix serait avantageux pour ses clients, Manuvie a soudainement décidé qu’un plus grand choix serait meilleur pour ses clients. (Ils ont raison.)

En décembre, cet espace a célébré les changements en cours dans la loi sur la concurrence. Nous avons fait valoir que les affaires au Canada sont trop calmes et que la loi renouvelée sur la concurrence contribuerait à allumer le feu. La prochaine étape clé consistait à mettre les outils en œuvre et à changer la culture.

Des accords comme Manuvie-Loblaw sont passés de banals à inacceptables.

Le travail de changement de culture est en cours. Le revirement de Manuvie est une victoire. Mais regardez le vin dans l’Ouest canadien.

Le monopole de vente en gros d’alcool en Alberta a déclaré fin janvier qu’il n’achèterait pas de vins spécifiques de la Colombie-Britannique si les vignerons de la Colombie-Britannique vendaient directement aux Albertains. Cet exercice grossier de pouvoir monopolistique peut être protégé par une décision erronée de la Cour suprême de 2018, selon laquelle les lois qui empêchent la concurrence interprovinciale sont constitutionnelles, à condition qu’il s’agisse d’un « effet accessoire ». Comme l’écrivait cet espace il y a six ans : il y a « trop d’intérêts dans chaque province qui travaillent dur pour protéger leur coin du pays de la concurrence ».

Dans le secteur de l’épicerie, Ottawa a demandé il y a un mois au bureau de réexaminer l’industrie. L’année dernière, en vertu de l’ancienne Loi sur la concurrence qui limitait la compétence du Bureau, une étude sur les épiciers a souffert du manque de coopération de la part des entreprises. Les changements juridiques de décembre ont renforcé les pouvoirs du bureau et un deuxième regard sur l’industrie – y compris les problèmes entre les fournisseurs et autres acteurs de l’industrie alimentaire – pourrait produire des résultats plus précieux. Des travaux similaires menés au Royaume-Uni l’année dernière ont révélé que de nombreuses marques populaires avaient augmenté leurs marges bénéficiaires.

Le secteur bancaire mérite également d’être examiné de plus près, après qu’Ottawa a approuvé sous conditions le rachat de la Banque HSBC Canada par la Banque Royale. Ottawa mène des consultations sur l’amélioration de la concurrence dans un secteur qui ressemble plus à un oligopole qu’à une industrie dynamiquement compétitive. Parmi les questions figurent les mesures potentielles de soutien aux nouveaux venus qui pourraient perturber le secteur.

Les modifications nouvelles et à venir de la Loi sur la concurrence sont essentielles. Il est tout aussi important de changer la culture des affaires au Canada. Le retour de flamme d’un accord anticoncurrentiel est une bonne nouvelle et de bon augure pour une nouvelle ère où une plus grande concurrence est au premier plan des préoccupations de chacun.

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