Opinion : En donnant des milliards aux constructeurs de voitures électriques, le Canada est aveuglé par l’illusion économique

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Le premier ministre Justin Trudeau visite l’usine d’assemblage Stellantis Windsor (Chrysler), à Windsor, en Ontario, le 17 janvier 2023.Nicole Osborne/La Presse Canadienne

Jim Hinton est avocat en propriété intellectuelle et agent de brevets et de marques chez Own Innovation.

Les subventions canadiennes à la fabrication de véhicules électriques ne sont pas des « investissements » – ce sont des illusions économiques. Il y a eu plus de 40 milliards de dollars d’annonces de dons fédéraux et provinciaux au Canada, dont jusqu’à 15 milliards de dollars pour Stellantis et LG, jusqu’à 16,3 milliards de dollars pour Volkswagen, 7,3 milliards de dollars pour Northvolt, et une course continue pour donner des milliards à Honda. et d’autres. Alors que les entreprises néerlandaises, sud-coréennes, allemandes, suédoises et japonaises construisent leurs chaînes de valeur avec l’argent des contribuables canadiens, quels sont les avantages pour le Canada ?

Le gouvernement n’a montré aucune analyse des retombées économiques positives et négatives des milliards de dollars provenant des subventions aux véhicules électriques. Les politiciens louent la création d’emplois, malgré les rapports démontrant que le Canada ne manque pas d’emplois techniques, mais qu’il est plutôt confronté à une pénurie de personnes pour les combler. Au mieux, ces emplois redistribuent les talents qualifiés déjà employés. Au pire, le gouvernement aide les entreprises étrangères à débaucher les talents qualifiés des entreprises canadiennes – en utilisant leurs propres impôts.

Les politiciens et les décideurs du Canada promettent des résultats économiques basés sur des stratégies économiques futiles d’une époque révolue.

Les décideurs politiques espèrent à tort que ces subventions créeront de « bons emplois pour la classe moyenne » pour les Canadiens. Pourtant, la plupart du travail dans ces usines sera effectué par des machines – robots et technologies d’automatisation, dont la valeur reviendra aux propriétaires étrangers de la technologie d’automatisation.

Là où des ressources humaines spécialisées sont nécessaires, une part importante des personnes employées seront des travailleurs étrangers. Les subventions actuelles pour ces emplois – 15 milliards de dollars pour 3 000 personnes – s’élèvent à environ 5 millions de dollars par emploi. L’économie canadienne se porterait mieux si nous déployions des fonds vers des entreprises nationales qui pourraient créer des emplois pour une fraction de ce montant.

De plus, ces usines ne créeront pas de « retombées économiques » importantes sur les chaînes d’approvisionnement auxquelles les entreprises canadiennes peuvent se connecter.

Il y a des décennies, les usines ont construit des bases industrielles, ce qui a eu des retombées locales positives en matière de gestion et de technologie, encourageant le développement de chaînes d’approvisionnement locales et élargissant l’assiette fiscale du Canada. En 1975, 83 pour cent de la valeur de l’entreprise Standard & Poor’s était détenue dans des actifs corporels tels que des usines, des terrains et des stocks. Aujourd’hui, ce pourcentage a chuté à 9 pour cent, avec plus de 90 pour cent de la valeur désormais dans des actifs incorporels tels que la propriété intellectuelle (PI) et les données.

Ces actifs incorporels et leurs revenus imposables associés évoluent d’un simple clic de souris, car les entreprises d’aujourd’hui sont en concurrence dans les chaînes de valeur mondiales et non dans les chaînes d’approvisionnement à l’ancienne.

De plus, dans le secteur automobile, les fabricants d’équipement d’origine (OEM) n’aiment pas dépendre de fournisseurs uniques, ils obligent donc les fournisseurs de composants à rendre leurs pièces non exclusives. Cela signifie que les fabricants de pièces canadiens qui approvisionnent ces usines ne fabriquent pas de technologies exclusives à marge élevée pour les grandes entreprises, mais servent plutôt de fabricants ou de développeurs à faible coût, avec des personnalisations appartenant aux équipementiers.

Dans l’économie actuelle, les entreprises sont en concurrence dans les chaînes de valeur mondiales grâce à leur capacité à percevoir des rentes économiques basées sur la propriété de la propriété intellectuelle. Dans un secteur à forte intensité de propriété intellectuelle comme celui des usines de véhicules électriques, les employés ne sont pas autorisés, par leur contrat de travail, à partager la propriété intellectuelle avec ceux qui développent des technologies concurrentes. Et nous avons vu dans un récent rapport du Globe and Mail comment, lorsque des chercheurs canadiens financés par des fonds publics inventent une excellente technologie de batterie, le Canada finit par tout abandonner.

Cette question de la propriété de la propriété intellectuelle explique également pourquoi d’autres arguments en faveur de ces subventions d’un milliard de dollars sont erronés.

Les partisans disent que ces usines doivent être situées au Canada parce que nous possédons les minéraux essentiels. Pourtant, la valeur des minéraux critiques réside moins dans les ressources physiques que dans la possession des technologies et des processus permettant de les extraire. La stratégie canadienne sur les minéraux essentiels ne fait aucune mention de la nécessité pour les Canadiens de posséder des droits de propriété intellectuelle ni de toute stratégie visant à accroître la liberté d’exploitation des Canadiens dans ce domaine.

Ces subventions ne sont pas nécessaires pour suivre le rythme de la loi américaine CHIPS, conçue pour soutenir sa base de fabrication de semi-conducteurs et d’automobiles. Les Américains subventionnent les sièges sociaux de constructeurs automobiles comme GM et Ford parce que la valeur économique de leurs actifs de propriété intellectuelle et de leurs données alimente et enrichit l’économie nationale américaine. Étant donné que la zone de concurrence s’est déplacée des chaînes d’approvisionnement vers les chaînes de valeur mondiales, les pays qui hébergent des succursales ne bénéficient pas des mêmes avantages. Cela est particulièrement vrai pour le Canada, dont les entreprises nationales possèdent très peu de propriété intellectuelle de valeur.

Il existe de nombreux autres mythes vendus dans cette histoire coûteuse d’une nouvelle stratégie industrielle. Compte tenu de l’importance des fonds publics consacrés à ces initiatives, les Canadiens ont besoin de voir les gouvernements fournir une analyse complète des retombées économiques – tant positives que négatives. Cette analyse doit être fondée sur l’économie du XXIe siècle et non sur celle des années 1970. Il doit également y avoir une section sur les implications en matière de sécurité nationale, car les politiques critiques en matière de minéraux et d’énergie font partie des considérations de sécurité nationale, en particulier dans le monde actuel axé sur la propriété intellectuelle et les données.

Le Canada est capable de bâtir son industrie nationale des véhicules électriques. Mais les attentes illusoires ne nous mèneront nulle part rapidement.

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