Opinion : La connexion Harper-Chrétien est une divergence bienvenue à notre époque polarisée

L’image est sortie de l’écran il y a quelques jours. Une photo de Stephen Harper et Jean Chrétien souriant comme des amis pour la vie en présence l’un de l’autre.

« C’est toujours merveilleux de retrouver un vrai gentleman et ami », a écrit l’ancien premier ministre Harper, qui j’ai posté la photo des copains sur X. Le guerrier conservateur voulait évidemment ses liens étroits avec le célèbre libéral libéral.

Le protégé de M. Harper, l’hyper-partisan Pierre Poilievre, n’était probablement pas très enthousiaste. M. Harper, il le savait, méprisait les libéraux. Rares sont ceux qui pourraient en douter. David Emerson, le Britanno-Colombien qui a servi dans les cabinets du libéral Paul Martin et de M. Harper, m’a dit un jour que l’une des grandes différences était le degré de mépris que M. Harper avait envers les libéraux. C’était viscéral, dit-il. « Parfois, c’était tout simplement surprenant pour moi. »

Alors, à quoi pensait-il en criant à un ancien premier ministre libéral pendant que M. Poilievre, en route vers des élections, s’efforce de dépeindre les libéraux comme des destructeurs du pays ?

Quant au petit bonhomme de Shawinigan, il ne s’inquiéterait pas trop de ce que penseraient ses collègues libéraux de la photo. Dans son âge mûr, disons avancé, M. Chrétien, âgé de 89 ans, profite de la vie. Il apparaît comme plus lucide et plus dynamique que Joe Biden, à qui il a parfois été comparé.

Au cours de son mandat, Justin Trudeau a, à tort, prêté peu d’attention à M. Chrétien et aux libéraux de la vieille garde. M. Chrétien a probablement passé plus de temps ces derniers temps à s’entretenir avec M. Harper qu’avec le premier ministre libéral.

Ce qui est réjouissant dans la photo Harper-Chrétien, c’est qu’elle s’écarte tellement de l’atmosphère de notre époque, qui voit une polarisation à un niveau brutal et beaucoup se plaignent que le pays n’a jamais été aussi divisé.

Le reproche perpétuel à propos de la désunion canadienne devient un peu lassant. Oui, il y a des fissures, certaines graves. Mais quand n’y en a-t-il pas eu ? Et pourquoi n’y en aurait-il pas ? Compte tenu de notre immense masse terrestre tentaculaire, compte tenu des différences entre l’est et l’ouest, entre les francophones et les anglophones, entre les peuples autochtones et les autres, entre la droite et la gauche, à quoi faut-il s’attendre ? Qu’il ne devrait pas y avoir de divisions est irrationnel. Que les divisions ne perdurent pas est une chimère.

La nouvelle ère de l’information, qui donne libre cours à tous les crieurs et aux haineux, rend les conditions pires. Comme certains le prétendent, il est illusoire de croire qu’ils sont pires que jamais. Il suffit de remonter au début des années 1990, lorsque nous avions un parti séparatiste comme opposition officielle, lorsque le Parti réformiste organisait une rébellion dans l’Ouest, lorsqu’il y avait une profonde récession avec des niveaux d’endettement dignes du tiers-monde et lorsque le Québec Le référendum a mis le pays sur le fil du rasoir.

C’était à l’époque où M. Chrétien était au pouvoir, et bientôt M. Harper. Ils étaient dans des camps opposés ; leurs différences idéologiques reflétaient celles du pays et le sont toujours. Mais malgré les différences, ils ont gardé le respect les uns des autres.

Leurs bonnes relations reposent sur un certain nombre de points communs. C’étaient des gens durs d’esprit, prudents sur le plan financier et non visionnaires en matière de résolution de problèmes. Ils se méfiaient des élites et étaient passionnés par le Nord canadien. L’historien Arthur Milnes, qui les a rencontrés, a déclaré : « Ce dont j’ai été témoin en privé, c’est que les deux hommes sont très drôles dans les coulisses et apprécient simplement la compagnie de l’autre. Je me souviens de leur rencontre privée lors des funérailles de feu Ralph Klein à Calgary. Avec leurs histoires drôles sur lui, ils se sont mis l’un l’autre, et moi, en colère.

Leur camaraderie ne signifie pas qu’il y a eu une réduction du fossé philosophique. M. Harper préside l’Union démocratique internationale, une alliance mondiale de partis de droite. M. Chrétien n’y toucherait pas avec un poteau de barge.

À l’époque, M. Harper a réprimandé M. Chrétien pour ne pas avoir participé à l’invasion de l’Irak. Il a profité du scandale des commandites, survenu sous la présidence de M. Chrétien, pour accéder au Cabinet du premier ministre.

M. Chrétien n’était plus au pouvoir au moment où M. Harper est arrivé au pouvoir, mais il s’en est pris à lui à plusieurs reprises depuis. Au cours de la campagne électorale de 2015, il a déclaré que la politique étrangère de M. Harper présentait le Canada comme une nation « au cœur froid » et qu’il avait « fait honte au Canada ».

La photo que M. Harper a tweetée a suscité de nombreuses réactions surprises et de nombreux sympathisants. Cela n’aura pas beaucoup d’impact. Mais c’était agréable de voir que les deux anciens combattants pouvaient lier les bras. C’est un bon exemple pour combler le fossé : ils sont Canadiens et ils peuvent s’entendre malgré leurs différences.

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