Opinion : La présidente de CBC, Catherine Tait, a vécu son propre moment à Harvard

Ouvrez cette photo dans la galerie :

La présidente et directrice générale de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait, attend de témoigner devant un comité de la Chambre des communes à Ottawa, le 30 janvier.Adrian Wyld/La Presse Canadienne

Il y a eu un moment lors du témoignage de la présidente de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait, cette semaine, devant un comité de la Chambre des communes, où il suffisait de se demander si elle n’avait pas été coachée au préalable par Claudine Gay sur la manière de paraître désespérément déconnectée et obtuse.

Mme Gay, vous vous en souviendrez, est l’actuelle ex-directrice de l’Université Harvard, dont le témoignage en décembre devant un comité du Congrès américain sur l’antisémitisme sur le campus était un mélange d’orgueil et de mépris envers les politiciens qu’elle aurait dû savoir ne pas manquer de respect. Son apparition est devenue virale et a déclenché une réaction en chaîne qui a conduit à sa démission quelques semaines plus tard.

Il est peu probable que les conséquences du témoignage de Mme Tait mardi devant le Comité du patrimoine de la Chambre soient aussi dramatiques. Nous sommes ici au Canada, après tout, et les chefs politiques de Mme Tait à Ottawa, sous le premier ministre Justin Trudeau, sont perpétuellement lents à s’intéresser à de telles questions. D’ailleurs, Mme Tait n’a plus que 11 mois à son contrat.

Il vaut néanmoins la peine d’analyser le témoignage de Mme Tait pour ce qu’il dit sur la façon dont la direction de CBC/Radio-Canada pense ou ne pense pas. Mme Tait et les hauts dirigeants qui l’accompagnaient ont eu tout le temps de se préparer, ayant été convoqués devant le comité immédiatement après l’annonce par la SRC, le 4 décembre, de son intention de supprimer 800 emplois cette année.

Compte tenu de l’indignation qui a suivi le refus de Mme Tait à l’époque d’exclure le versement de primes annuelles à ses gestionnaires au moment même où elle envoyait des feuillets roses à des centaines d’employés, on pourrait penser que les grands noms seraient arrivés au comité avec une meilleure histoire à raconter. Au lieu de cela, Mme Tait, provocante, a fait une déclaration liminaire dans un langage bureaucratique qui a laissé les députés de tous les partis incrédules.

« Pour mémoire, CBC/Radio-Canada n’accorde pas de soi-disant primes », a insisté Mme Tait, comme pour corriger les députés qui pourraient soutenir le contraire. « Ce que nous avons – comme toutes les autres sociétés d’État – est une rémunération à risque ou au rendement, qui constitue un élément clé de la rémunération totale de notre personnel non syndiqué, soit environ 1 140 employés.

Mme Tait ne s’engagerait pas à renoncer personnellement à une prime, euh, à une rémunération au rendement si le conseil d’administration du radiodiffuseur public décide, sur la base de sa propre recommandation, qu’elle en mérite une. « Si nous atteignons les résultats de l’exercice en cours, je recommanderai que 1 140 employés non affiliés et non syndiqués reçoivent leur juste rémunération, leur rémunération au rendement.

Même les députés libéraux et néo-démocrates, qui se précipitent habituellement pour défendre Radio-Canada, sont restés bouche bée. Ils ont suggéré à plusieurs reprises qu’elle pourrait reconsidérer sa décision.

« Vous pouvez comprendre comment les Canadiens réagissent, comment j’ai réagi et combien d’entre nous ont réagi, quand vous avez une institution très importante qui supprime des postes vitaux pour fournir des informations aux Canadiens… et en même temps nous constatons un niveau de performance significatif. salaire qui est fourni », a déclaré le député néo-démocrate Peter Julian.

« Le ton est important en ces temps difficiles, et quand les Canadiens voient 16 millions de dollars dépensés en primes, c’est difficile à supporter, surtout lorsqu’ils voient des réductions », a ajouté le député libéral Michael Coteau, faisant référence au montant versé par CBC/Radio-Canada en primes. en 2022-23. Mme Tait a déclaré que les primes ont totalisé 14,9 millions de dollars l’année dernière.

« Je pense que ce que les gens vous ont entendu dire, c’est que peu importe les coupes budgétaires, nous pouvons quand même donner des primes aux gens », a ajouté le député libéral Taleeb Noormohamed. « Je pense que cela a semblé, pour certaines personnes, insensible, et froid, et peut-être – je l’espère – pas ce que vous essayiez de dire.

Au lieu de comprendre l’allusion, Mme Tait s’est contentée de s’entêter.

Ce qui était absent de l’audience de deux heures, c’est toute discussion sur la question de savoir si les « indicateurs de performance clés », ou KPI, que la SRC utilise pour fixer les primes sont les bons, ou si leur objectif est suffisamment élevé, et encore moins si le radiodiffuseur public en a trop. gestionnaires pour commencer.

Sous la direction de Mme Tait, la SRC a fait mieux en matière de diversité. Le réseau anglophone a un objectif officiel d’embauche de 50 pour cent de Canadiens racisés, d’Autochtones et de personnes handicapées. Au cours des six mois précédant le 30 septembre, ces groupes représentaient 78,7 pour cent des nouvelles recrues.

Hélas, Radio-Canada met l’accent sur les indicateurs qui lui donnent une bonne image, plutôt que de se demander si son contenu répond aux normes de qualité implicites dans son mandat. Télévision de CBC La nature des choses et les émissions de radio de CBC Idées sont de bons exemples de ce à quoi sert un radiodiffuseur public. Mais ces spectacles étaient antérieurs à l’arrivée de Mme Tait. Rien qu’elle ait ajouté au programme – certainement pas Querelle de famille Canada – se rapproche d’eux.

À l’audience, Mme Tait s’est plainte du « sous-financement chronique » de la SRC, comme si les 1,3 milliard de dollars qu’elle reçoit chaque année d’Ottawa n’étaient que de la nourriture pour poulets. Ce n’est pas. Et à moins que le radiodiffuseur public ne commence à faire davantage ce pour quoi il a été créé, il pourrait bientôt se retrouver sans aucun financement public.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *