Opinion : La stagnation des investissements dans la formation et la recherche compromet la croissance économique du Canada

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Un chercheur surveille les données dans une installation à Owen Sound, en Ontario, le 28 septembre 2023.Nick Iwanyshyn/The Globe and Mail

Marc Johnson est professeur de biologie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sciences de l’environnement urbain à l’Université de Toronto Mississauga. Il est président du conseil d’administration de Support Our Science.

Le Canada sous-investit massivement dans la formation scientifique, la recherche et le développement. Nous prenons du retard dans un paysage international de plus en plus compétitif pour développer les talents et la technologie et tirer profit de l’innovation. Cela nuit à tous les Canadiens, et seul un investissement majeur de la part du gouvernement fédéral peut rattraper le terrain perdu.

Au cours des 20 dernières années, l’investissement du Canada en R&D a diminué de façon constante en pourcentage du produit intérieur brut (PIB). Au cours de la même période, la plupart des pays du G7 et de l’OCDE ont augmenté leurs dépenses en R&D parce que la recherche joue un rôle majeur dans la croissance économique et la résolution des défis sociétaux.

Alors que le gouvernement Trudeau a investi massivement dans la R&D en 2018, l’inflation de 19 % depuis lors a pratiquement effacé ces gains. Aujourd’hui, le Canada investit seulement 1,55 pour cent de son PIB dans la R&D, ce qui est dérisoire en comparaison avec des pays comparables comme les États-Unis, qui investissent 3,46 pour cent.

Les dépenses en formation et en recherche, au taux d’investissement actuel du Canada, conduisent à un taux de rendement annuel estimé à 30 pour cent. Cela peut être considéré comme le retour sur investissement total à court terme, en supposant que les innovations créées à partir de la R&D ont une durée de vie utile d’environ sept ans. Il s’agit d’un rendement impressionnant qui dépasse les investissements conventionnels, comme les CPG qui rapportent 5 pour cent, le TSX qui a augmenté de 8 pour cent en 2023 ou le S&P 500 qui a augmenté de 24 pour cent la même année.

Au fil du temps, les investissements en R&D conduisent également à une croissance à long terme de l’économie canadienne. En fait, on estime que 7 % de notre PIB (160 milliards de dollars en dollars de 2022) provient des connaissances générées par la recherche, la science et la technologie. Pour chaque dollar investi dans la R&D, l’économie rapporte 4,52 dollars.

Mais le Canada est confronté à la réalité : notre approche stagnante en matière d’investissement dans la formation et la R&D met en péril l’attraction et la rétention des talents. Il y a environ 300 000 étudiants diplômés (doctorat et maîtrise) et chercheurs postdoctoraux (chercheurs titulaires d’un doctorat) partout au pays. Ils travaillent à temps plein en menant des recherches tout en se formant pour devenir des leaders en matière de technologie, d’innovation et d’éducation. Ils s’attaquent à certains des plus grands défis mondiaux, notamment guérir les maladies, atténuer le changement climatique, concevoir des véhicules électriques, créer des économies résilientes et construire des sociétés vivable.

Au Canada, la plupart des recherches et des innovations ont lieu dans les universités, où les étudiants diplômés et les postdoctorants sont six fois plus nombreux que les professeurs. Les étudiants diplômés et les postdoctorants sont également sept fois plus nombreux que les scientifiques fédéraux. Sans étudiants diplômés et postdoctoraux, la recherche et l’innovation canadiennes s’arrêteraient et un bassin de développement de talents disparaîtrait.

Pourtant, le gouvernement canadien n’a pas accordé d’augmentation aux étudiants diplômés depuis plus de deux décennies, même avec une inflation de 54 pour cent sur cette période. Depuis 2003, les bourses gouvernementales pour les diplômes de maîtrise sont restées à 17 500 $ par an. Les bourses de doctorat sont bloquées à 21 000 $ (« Bourse d’études supérieures-doctorat ») et à 35 000 $ (« Bourse d’études supérieures canadiennes ») par an. Les étudiants diplômés doivent également payer leurs frais de scolarité à partir de ces montants, ce qui réduit encore davantage leurs revenus. Pendant ce temps, la valeur des bourses postdoctorales n’a augmenté que de 12,5 pour cent depuis 2003, pour atteindre 45 000 $.

Le manque de financement du gouvernement pour les étudiants diplômés et postdoctoraux a plongé de nombreux jeunes chercheurs dans la pauvreté. Le manque de financement crée en outre un filtre sur les personnes pouvant poursuivre une formation de niveau supérieur, en sélectionnant des personnes disposant de ressources externes, telles que des parents fortunés, au lieu de sélectionner des personnes talentueuses et potentielles. L’impact de notre manque de financement pour la formation des étudiants diplômés et postdoctoraux a dépassé le point de rupture.

Le faible investissement du Canada dans la formation et la recherche entraîne une fuite massive des talents de la prochaine génération de chercheurs. Cet exode était en cours avant la pandémie de COVID-19, lorsqu’une étude de McGill estimait que 38 pour cent de tous les nouveaux doctorats en sciences sociales et humaines partaient vers d’autres pays.

La diminution des rémunérations a poussé encore plus de nos chercheurs hautement qualifiés à quitter le Canada, et nos investissements dans leur formation les accompagnent, ce qui, selon moi, coûte à notre économie au moins 740 millions de dollars par an. Dans mon propre groupe de recherche à l’Université de Toronto, six des sept derniers titulaires d’un doctorat ont quitté le Canada pour de meilleurs emplois aux États-Unis.

Les preuves sont claires : plus nous investissons dans le système de R&D, plus nous en récupérons. Alors pourquoi le gouvernement fédéral dépense-t-il si peu en recherche et en formation ? Pendant que le Canada regarde le monde passer, attendant que la tempête inflationniste se dissipe, nous nous retrouvons dans la poussière de pays plus créatifs, plus travailleurs et plus ambitieux.

L’approche anémique du Canada en matière de R&D laisse sur la table d’importants gains économiques au profit d’autres pays. À moins que le gouvernement Trudeau n’investisse maintenant, il laissera un long héritage de dommages à la société canadienne.

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