Opinion : Le Canada a besoin d’un ministre de l’intelligence artificielle et d’une politique industrielle en matière d’IA

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Des gens prennent des photos d’un robot IA lors de la conférence All In sur l’intelligence artificielle à Montréal, le 27 septembre 2023.Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

Angela Mondou est directrice générale de Technation et membre du groupe de travail AI Governance Alliance du Forum économique mondial. Paul Samson est président du Centre pour l’innovation en matière de gouvernance internationale.

C’est l’heure de la décision. Le Canada a déclaré son aspire à devenir un leader mondial de l’intelligence artificielle et il est maintenant temps de diriger, de suivre – ou de s’écarter du chemin. La manière dont nous gérons l’IA sera essentielle à la santé de notre démocratie, de notre société et de notre économie. Compte tenu du rôle central que joue l’IA dans la prospérité économique et la compétitivité mondiale, et du fait que le Canada est loin derrière les autres pays en matière d’adoption de l’IA, il n’est pas dans l’intérêt du pays de rester à l’écart. Bien qu’il reste des opportunités stratégiques en matière d’IA pour le Canada, la fenêtre se ferme rapidement. Pour piloter la stratégie et l’action nationales, une étape clé devrait être la nomination d’un ministre fédéral de l’IA et de l’économie numérique.

Le Canada possède des réalisations de classe mondiale en matière de recherche et d’éducation, avec de nombreux scientifiques et innovations pionniers en IA. Cependant, trop souvent, le Canada a réussi à abandonner l’ingéniosité même qu’il cultive – la R&D, la propriété intellectuelle, le talent. L’Avro Arrow, l’un des avions les plus avancés de son époque, a placé le Canada fermement sur la scène mondiale du développement scientifique. En fin de compte, le projet a été annulé et nous avons perdu notre innovation et nos talents en ingénierie au profit des États-Unis. Des décennies plus tard, avec la disparition de Nortel Networks, nos ingénieurs en télécommunications ont décidé de développer des réseaux 5G ailleurs. Nos scientifiques ont innové et notre gouvernement et nos contribuables ont investi des millions dans la R&D. Le Canada ne peut pas laisser l’histoire se répéter avec l’IA.

L’ambition de l’IA nécessite une volonté fervente de la part d’en haut, avec un ministre responsable. Actuellement, l’IA est dirigée par un ministre aux responsabilités lourdes qui se concentre sur la sécurité et la politique de l’IA. La valeur stratégique d’un nouveau poste ministériel et d’un ministère de soutien pourrait devenir aussi cruciale que les portefeuilles actuels tels que ceux détenus par le ministre de la Défense nationale ou le ministre de l’Environnement et du Changement climatique. Un nouveau rôle ministériel devrait être habilité à s’attaquer à certaines priorités nationales immédiates. Dans le cadre d’une plus grande feuille de route pour la transformation de l’IA, ces priorités compléteraient et renforceraient la stratégie pancanadienne en matière d’IA existante.

Premièrement, le problème du retard dans la numérisation et l’adoption de l’IA dans l’industrie et dans le gouvernement doit être résolu. Alors que la productivité du Canada est en déclin constant et que le taux d’adoption de l’IA est inférieur de moitié à celui des organisations américaines, l’adoption accélérée de l’IA est désormais le catalyseur le plus puissant pour transformer tous les niveaux de gouvernement et les grandes et petites entreprises. En tant que catalyseur, le gouvernement peut commencer par accélérer le rythme de la numérisation et accroître son adoption dans tous les secteurs industriels. Les petites et moyennes entreprises pourraient être encouragées à adopter l’IA grâce à des incitations fiscales indispensables et à un soutien au développement de nouvelles compétences en IA.

Pour le gouvernement fédéral, le défi est plus vaste. Le nouveau ministre devra prendre des mesures audacieuses pour transformer et moderniser les systèmes gouvernementaux archaïques vers un avenir axé sur le cloud et l’IA à l’échelle de l’entreprise. La collaboration avec le secteur technologique canadien serait essentielle pour réussir cette transformation.

Deuxièmement, un nouveau ministre de l’IA et de l’économie numérique devrait encourager les investissements dans les sociétés d’IA commercialisées à grande échelle – des entreprises ayant enregistré des taux de croissance d’au moins 20 % par an au cours des trois années précédentes – afin d’augmenter leurs chances de succès. Le Canada pourrait faire ce que d’autres pays ont fait avec succès et lancer une stratégie « IA Made in Canada » dans le but de créer et de conserver la valeur générée par la technologie, la propriété intellectuelle et les talents locaux. Par exemple, si le Canada consacrait 5 % de son budget fédéral d’approvisionnement technologique d’environ 7 milliards de dollars à cette stratégie, l’investissement dans le développement de l’IA au Canada aurait un impact national et mondial important. Notre ambition devrait être de créer les conditions permettant aux licornes canadiennes de l’IA de croître et de prospérer.

Une vision globale donne un nouvel élan. Au-delà des superpuissances américaines et chinoises en matière d’IA, de nombreux pays se préparent fermement à participer à la course à l’IA, notamment la France, l’Allemagne, l’Inde, le Japon, la Grande-Bretagne, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. En 2017, les Émirats arabes unis sont devenus les premiers à créer un ministre d’État chargé de l’IA et de l’économie numérique. Plusieurs de ces pays ont stratégiquement investi des milliards dans le matériel et les entreprises d’IA, tout en développant de grands modèles linguistiques locaux et en attirant des talents internationaux.

Enfin, une troisième priorité et un défi auxquels tous les gouvernements sont confrontés est un environnement réglementaire qui suit le rythme de l’hyperévolution de l’IA, provoquée par une IA générative largement accessible, qui peut créer une gamme de contenus, notamment du texte, des images et de l’audio. Les questions de politique publique autour de l’IA sont vastes et chevauchent souvent divers ministères gouvernementaux. Un nouveau ministre pourrait favoriser les liens entre les départements sur de nombreuses questions allant de la confidentialité des données à la cybersécurité en passant par la propriété intellectuelle, ce qui entraînerait des politiques plus cohérentes essentielles dans des domaines numériques en évolution rapide.

Si le Canada aspire à devenir un leader mondial en matière d’IA, nous devons joindre le geste à la parole. Une stratégie industrielle canadienne en matière d’IA devrait être dirigée par un ministre de l’IA et de l’économie numérique.

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