Opinion : Le Canada doit mieux comprendre les extrémistes pour détecter plus tôt les actions terroristes

Jessica Davis est présidente d’Insight Threat Intelligence et auteur de Argent illicite : financer le terrorisme au XXIe siècle.

Pour la première fois, un Canadien a été condamné à la prison à vie pour un attentat terroriste nationaliste blanc. Plus tôt ce mois-ci, Nathaniel Veltman a été condamné à cinq peines d’emprisonnement à perpétuité après avoir été reconnu coupable en novembre de quatre chefs d’accusation de meurtre au premier degré et d’un chef de tentative de meurtre. M. Veltman a tué quatre membres d’une famille musulmane et en a blessé un autre dans ce que nous savons maintenant être une attaque terroriste motivée par le nationalisme blanc à London, en Ontario, en 2021.

Le nationalisme blanc fait partie du paysage extrémiste violent et motivé par des idéologies. Les nationalistes blancs veulent créer un ethno-État blanc ; la majorité du groupe est également constituée de suprémacistes blancs qui souhaitent un contrôle strict de l’immigration des non-blancs vers les pays à majorité blanche, et vont parfois jusqu’à soutenir le nettoyage ethnique ou le génocide. Dans le cas de Londres, le tueur a agi sur la base de ces idées et a tenté de débarrasser le Canada des personnes qu’il identifiait comme appartenant à des minorités – dans ce cas-ci, plus précisément, les musulmans.

L’extrémisme violent à motivation idéologique – une catégorie d’extrémisme qui comprend la violence motivée par les incels, la violence des suprémacistes blancs et des nationalistes blancs, ainsi que la violence anti-autorité – est une préoccupation croissante pour de nombreux pays occidentaux, y compris le Canada. En fait, cette forme de violence extrémiste a tué plus de personnes au Canada que tout autre type de violence à motivation politique, idéologique ou religieuse, à l’exception de l’attaque d’Air India en 1985.

La croissance de cette forme d’extrémisme violent est souvent attribuée à la disponibilité de contenus extrémistes en ligne, allant des manifestes à la diffusion en direct d’attaques. Et bien que la disponibilité de ce contenu soit préoccupante, cette attribution déplace la cause et l’effet. Ce ne sont pas les idées qui alimentent la haine : au contraire, la haine et la peur ressenties par ces extrémistes trouvent un exutoire dans ces idées. Tout comme la propagande de l’État islamique a touché les jeunes musulmans socialement isolés et vulnérables et les récents convertis à l’islam dans les années 2010, la propagande nationaliste blanche a touché les hommes et les femmes socialement isolés et vulnérables dans les années 2020.

Dans les deux cas, la première réaction de nombreux professionnels de la prévention du terrorisme a été de plaider en faveur de restrictions de contenu. S’il existe certainement des contenus qui devraient être restreints (les manifestes et les diffusions en direct d’incidents sont deux cas évidents), restreindre d’autres types de contenus extrémistes devient rapidement difficile. Internet est décentralisé, tout comme les lois qui régissent les restrictions de contenu. L’expérience récente a démontré que ce n’est pas une solution pratique.

La restriction du contenu ne supprime pas non plus les conditions sous-jacentes à la radicalisation et à la mobilisation (la manière dont les gens agissent en fonction de leurs idées extrémistes). Plus déconcertant encore, des millions de personnes consomment des contenus extrémistes en ligne, et des dizaines de milliers (et probablement beaucoup plus) sont des nationalistes blancs. Mais seule une très petite fraction de ces individus commettra des actes de violence. Le défi consiste à déterminer qui passera des idées à l’action.

Une solution consiste à étendre considérablement la surveillance par les forces de l’ordre et les services de sécurité des individus consommant du contenu nationaliste blanc (et d’autres IMVE) et à essayer d’identifier de manière proactive les personnes qui se mobilisent en faveur de la violence. Bien que cela soit possible, cela nécessiterait une augmentation significative des budgets de sécurité nationale au Canada et augmenterait considérablement le nombre de personnes sous surveillance, empiétant ainsi sur leurs libertés civiles. Cela ne résoudrait pas non plus un problème clé : il n’existe toujours pas de bon moyen de prédire qui donnera suite à ses idées extrémistes.

C’est pourquoi la découverte selon laquelle l’attentat de Londres était motivé par l’extrémisme nationaliste blanc est si importante pour les Canadiens. Nous devons comprendre que ce type d’idéologie peut conduire au meurtre et au terrorisme. Les gens n’ont pas tendance à se radicaliser et à se mobiliser de manière isolée : ils le font généralement en consommant des contenus extrémistes et essaient souvent de trouver des « compagnons de voyage » avec lesquels partager leurs idées extrémistes. Même les « acteurs isolés » partagent des informations sur leurs intentions et leurs projets avec leur entourage, même si ce n’est pas toujours intentionnel.

Même si la conclusion d’un acte terroriste dans cette affaire est importante du point de vue du signalement (en aidant les Canadiens à comprendre que le terrorisme peut ressembler à un homme blanc frappant délibérément une famille musulmane avec son véhicule), elle ne contribue guère à rendre le Canada plus sûr. Pour ce faire, les forces de l’ordre et les services de sécurité doivent mieux prévenir ce type d’attaque, ce qu’ils ne peuvent faire qu’en effectuant de meilleures recherches sur le processus de mobilisation. Ils doivent également faire preuve de plus de transparence quant aux raisons pour lesquelles ils ne sont pas en mesure de détecter les agresseurs avant qu’ils n’agissent : ces raisons pourraient indiquer des changements législatifs ou politiques qui doivent être apportés pour accroître la sécurité de tous les Canadiens. Fondamentalement, les forces de l’ordre et les services de sécurité doivent développer de meilleurs outils pour détecter et contrecarrer l’extrémisme violent à motivation idéologique avant qu’il ne prenne une autre vie dans ce pays. Le nombre de morts est déjà trop élevé.

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