Opinion : Le Canada est peut-être un pays de banlieue, mais c’est autant à cause de sa politique que de ses préférences

Ouvrez cette photo dans la galerie :

Des maisons individuelles et des immeubles d’habitation dans la banlieue d’Etobicoke s’étendent à l’ouest de Toronto, le 18 août 2017.Patrick Dell/Le Globe and Mail

Rino Bortolin est conseiller stratégique et gestionnaire de projet au Centre for Cities de l’Université de Windsor, ainsi qu’ancien conseiller municipal de Windsor et président de son comité permanent de planification. Dorian Moore est l’architecte principal d’Archive DS à Détroit. Anneke Smit est directrice du Centre for Cities et professeure agrégée à la faculté de droit de l’Université de Windsor. James Tischler est directeur du développement à la Michigan State Land Bank et chercheur invité au Center for Cities. Les quatre auteurs sont membres du Laboratoire d’innovation des systèmes de logement au Centre pour les villes.

Avec la pression rapide et furieuse en faveur de la densification des logements sous la forme de conditions sur le financement fédéral des municipalités, de plus en plus de voix défendent la vie en banlieue comme étant la « voie canadienne ». Un rapport d’une équipe de recherche dirigée par David Gordon, professeur à l’Université Queen’s, a récemment confirmé que la majeure partie de la croissance démographique au Canada depuis 2006 s’est produite dans les banlieues, où vivent plus des deux tiers de la population totale de notre pays selon le dernier recensement. en 2021.

Mais le défaut de cette hypothèse est que le mode de vie prédominant en banlieue ne reflète pas nécessairement les préférences des gens ; il s’agit plutôt en grande partie d’une conséquence de choix politiques délibérés qui ont affecté quoi a été construit et depuis la Seconde Guerre mondiale. Le rapport révèle également une légère baisse de la proportion de personnes optant pour les banlieues et une augmentation correspondante de celles préférant les milieux urbains.

En bref, l’accent mis par le Canada sur la croissance des banlieues au fil des décennies a fondamentalement limité le potentiel de la vie urbaine, empêchant un urbanisme global d’être viable dans la majorité de nos villes et renforçant le mode de vie des banlieues – que les Canadiens l’aiment vraiment ou non.

Grâce à des règlements de zonage régressifs et restrictifs et à des régimes de fiscalité municipale qui ont favorisé la construction sur des terrains non aménagés plutôt que dans des noyaux urbains établis, divers niveaux de gouvernement canadien ont toujours favorisé et facilité la construction de quartiers de banlieue axés sur l’automobile tout en limitant l’éventail de la vie urbaine. choix. La priorité de longue date consistant à construire des maisons unifamiliales pour créer des zones à faible densité a éloigné les processus de planification de ce qui devrait être leur objectif principal : créer des villes vivables pour tous.

Une planification urbaine saine et une surveillance gouvernementale sont nécessaires pour garantir que nos communautés se développent d’une manière qui soit respectueuse de l’environnement et du budget, et qui donne la priorité à l’équité et à la santé publique. Cependant, ces approches ne sont pas véritablement disponibles dans la plupart des villes canadiennes.

Des politiques fiscales municipales limitées et simplistes ont en fait subventionné la croissance des banlieues, comme le montrent des études commandées par Ottawa et Halifax. Les investissements dans les infrastructures publiques ont suivi ces tendances de croissance, comme l’illustre le montant investi dans les autoroutes et les autoroutes par rapport au transport en commun au cours de la même période. Ces priorités ont rendu la vie urbaine moins souhaitable, dans la mesure où les commodités associées à la vie en ville ont été sous-financées et sont donc soit indisponibles, soit peu fiables.

Pourtant, à une époque où les municipalités sont confrontées à de multiples crises croisées, notamment l’abordabilité du logement, le changement climatique, la biodiversité, la santé publique et mentale et les disparités socio-économiques, les quartiers urbains denses et accessibles à pied sont devenus supérieurs. Les banlieues qui se sont concentrées sur l’accessibilité à pied et l’accès aux transports en commun réussissent également mieux à résoudre plusieurs de ces problèmes que celles qui dépendent de la voiture. Il a par exemple été démontré que les banlieues plus denses apportent des avantages à la fois sanitaires et économiques aux résidents.

Ainsi, même si le Canada peut être considéré comme un pays essentiellement suburbain, le passé ne doit pas nécessairement dicter l’avenir. Tout comme nous avons donné la priorité à l’étalement des banlieues par le biais de nos politiques, nous pouvons ralentir, voire inverser notre trajectoire avec les mêmes outils.

Pour briser cette tendance, les gouvernements doivent remettre en question le statu quo et modifier activement leur orientation, en allouant des ressources à des initiatives qui améliorent les centres urbains et en réformant la fiscalité municipale et la politique de planification pour ce faire. Cette approche implique de développer simultanément les zones urbaines et suburbaines, et de mieux comprendre les coûts et les conséquences des deux. Cela contribuera à créer une gamme de meilleurs choix de logements et à favoriser un paysage de développement urbain plus équilibré.

Le Canada se trouve à un moment critique où les décisions que nous prenons aujourd’hui façonneront la forme physique et la fonction de nos villes pendant des décennies. Le besoin urgent de logements et la réponse correspondante auront un impact durable sur notre culture et notre prospérité économique à l’avenir. Nous devons nous assurer que cet impact se fait sentir le plus vivement dans nos villes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *