Opinion : Le mot R est de retour alors que le Parti Québécois bondit dans les sondages

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Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, interroge le gouvernement lors de la période des questions le 8 février à l’Assemblée législative de Québec.Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

Alors que l’Assemblée nationale du Québec s’ajournait en décembre, le premier ministre François Legault a plaisanté en disant qu’il avait demandé au Père Noël de lui apporter une boussole pour Noël. Il ne plaisantait qu’à moitié.

Lors de la session d’automne de l’Assemblée législative, M. Legault semblait avoir perdu le sens de l’orientation. L’intuition politique autrefois fiable du premier ministre de la Coalition Avenir Québec lui a fait défaut alors qu’il enchaînait les faux pas. Après qu’un sondage de novembre ait montré que le Parti Québécois, auparavant laissé pour mort, avait soudainement dépassé la CAQ en termes de soutien populaire, M. Legault, visiblement abattu, a déclaré : « Les Québécois sont en colère contre moi. »

Ils le sont toujours. Deux sondages réalisés au cours des deux dernières semaines ont montré que le PQ élargissait son avance sur la CAQ, à sept et 11 points de pourcentage respectivement. Le chef souverainiste du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, toujours optimiste, a éclipsé un M. Legault de plus en plus morose en tant que choix préféré des Québécois pour diriger la province.

Il y a plusieurs raisons à cela, à commencer par les volte-face spectaculaires du premier ministre quant à la construction d’un « troisième lien » de plusieurs milliards de dollars entre Québec et la rive sud du fleuve Saint-Laurent. La CAQ a fait campagne en 2022 sur la promesse de construire un tunnel entre la capitale et Lévis, au Québec, pour ensuite abandonner le projet au début de 2023. M. Legault a ensuite relancé l’idée après que la CAQ ait perdu une élection partielle à l’automne à Québec face au parti. PQ.

Le gouvernement de la CAQ a par la suite annoncé qu’il accorderait jusqu’à 7 millions de dollars aux Kings de Los Angeles pour qu’ils disputent un match hors-concours à Québec plus tard cette année. Cette décision visait à apaiser les électeurs de la capitale, qui aspirent au retour d’une franchise de la Ligue nationale de hockey dans la ville. Mais cela s’est retourné contre M. Legault. Les électeurs ravagés par l’inflation ont été indignés par ce qu’ils considéraient comme un pot-de-vin inutile.

Vint ensuite des révélations selon lesquelles cinq députés d’arrière-ban de la CAQ avaient invité des maires locaux à côtoyer d’éminents ministres lors d’une collecte de fonds à 100 $ le billet, mettant M. Legault sur la défensive. Le premier ministre a annoncé la semaine dernière que la CAQ cesserait immédiatement d’accepter des dons privés et dépendrait exclusivement du financement public. Cette décision a été considérée comme une énorme réaction excessive. Le financement des partis privés est un principe important de la démocratie et une voie légitime pour la participation des citoyens à la politique. La décision impulsive de M. Legault de l’interdire reviendra certainement le hanter.

Pendant ce temps, les résultats des sondages en faveur de M. Plamondon ont grimpé en flèche au milieu d’une couverture médiatique largement peu critique. Mais il doit maintenant s’attaquer à l’éléphant dans la pièce – la promesse du PQ de tenir un autre référendum sur la souveraineté – alors que les chances de son parti de remporter les prochaines élections entrent dans le domaine du possible.

Le mot R avait été largement banni du lexique politique au Québec ces dernières années. M. Legault, qui a quitté le PQ pour fonder la CAQ, doit son succès électoral en 2018 à sa promesse de mettre fin au duopole PQ-Parti libéral du Québec qui divise les Québécois selon des lignes fédéralistes-souverainistes depuis des décennies. Sa promesse de ne jamais tenir de référendum a fait plaisir aux oreilles même des Québécois nationalistes.

Le sondage Léger de cette semaine révèle que seulement 35 pour cent des Québécois diraient « oui » à la souveraineté, comparativement à 56 pour cent qui rejetteraient la séparation de la province du Canada. Près du quart des électeurs péquistes voteraient « non » lors d’un prochain référendum.

Ces chiffres suggèrent que M. Plamondon devra peut-être minimiser la plateforme souverainiste de son parti pour conserver son avance dans les sondages. Le meilleur espoir de M. Legault de relancer sa propre fortune politique réside peut-être dans sa tentative de l’empêcher de s’en sortir impunément.

Autrement dit, à moins que les libéraux ne le devancent. La récente révélation de l’ancien député fédéral et ancien maire de Montréal, Denis Coderre, selon laquelle il envisage de se présenter à la direction du parti a généré plus de buzz médiatique que les libéraux n’en ont vu depuis des années. M. Coderre demeure l’un des hommes politiques les plus connus et les plus colorés du Québec. Même s’il a subi un accident vasculaire cérébral l’année dernière, il n’a pas perdu son talent pour la langue vernaculaire. Il se positionne déjà comme « Capitaine Canada » face à un PQ renaissant.

Le sondage Léger révèle que, avec M. Coderre comme chef, les libéraux récolteraient 21 pour cent de soutien, comparativement à 15 pour cent sous le chef par intérim Marc Tanguay. Bien que ce ne soit pas entièrement une justification pour M. Coderre, le sondage suggère que les libéraux pourraient encore avoir du pouls après tout et que, avec le bon chef, ils pourraient redevenir un candidat.

Reste à savoir si cette personne est M. Coderre. Léger n’a pas demandé aux Québécois comment ils voteraient si François-Philippe Champagne devenait le chef libéral du Québec, même si l’énergique ministre fédéral de l’Innovation est fortement courtisé pour se présenter à ce poste.

Depuis qu’il est devenu premier ministre en 2018, M. Legault fait face à une faible opposition à l’Assemblée nationale. Il y a des signes que cela change. Il lui faudra bien plus qu’une boussole pour avancer.

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