Opinion : Le président de CBC plaide par inadvertance en faveur de la suppression du radiodiffuseur public

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Le logo de CBC est projeté sur un écran lors de la présentation annuelle de CBC au Mattamy Athletic Centre à Toronto, le 29 mai 2019.Tijana Martin/La Presse Canadienne

Le ministre québécois de la Langue française, Jean-François Roberge, a proposé une comparaison historique provocatrice pour souligner l’injustice inhérente à la décision de CBC/Radio-Canada de répartir à parts égales les suppressions d’emplois qui viennent d’être annoncées entre les réseaux français et anglais du diffuseur public.

«C’est comme s’ils faisaient payer à Radio-Canada les difficultés de CBC», a déclaré M. Roberge à propos du plan du radiodiffuseur de réduire ses dépenses de 125 millions de dollars pour compenser la hausse des coûts de programmation et la chute des revenus publicitaires. « Il me semble que la dernière fois que cela s’est produit, c’était en 1840, avec l’Acte d’Union, lorsque les dettes du Haut-Canada furent transférées au Bas-Canada. »

Sans entrer dans les moindres détails de ce qui s’est passé il y a 183 ans, on peut affirmer sans se tromper que la présidente de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait, est devenue à peu près aussi populaire au Québec ces jours-ci que Lord Durham l’était à l’époque. Ses erreurs de gestion, sans cesse sourdes, ont aliéné le personnel du réseau français en ne respectant pas l’identité distincte et les cotes d’écoute supérieures de Radio-Canada.

Le plan dévoilé mardi par Mme Tait – répartissant à parts égales 500 suppressions d’emplois dans la programmation entre CBC et Radio-Canada – était comme ajouter l’insulte à l’injure pour les classes d’information et de création du Québec, qui ont déploré l’obsession des gestionnaires torontois pour le politiquement correct, la diversité et L’autochtonie aux dépens d’un journalisme de base et d’une programmation convaincante.

Contrairement à la Société Radio-Canada, qui semble désespérément perdue alors qu’elle utilise une programmation désespérée après l’autre en quête de reconnaissance, Radio-Canada sait ce qu’elle est et à qui elle sert. Les puristes de l’audiovisuel public soulignent à juste titre qu’une trop grande partie du contenu de la chaîne française est ouvertement populiste et commerciale. Mais sa programmation d’affaires publiques est de grande qualité et, heureusement, moins du ton moralisateur que les téléspectateurs et les auditeurs de CBC doivent endurer.

Radio-Canada offre également une meilleure optimisation de l’argent des contribuables. Le réseau français a généré 88,3 millions de dollars en revenus publicitaires et en frais d’abonnement au premier semestre de son exercice en cours, soit un peu plus que les 86,7 millions de dollars générés par le réseau anglais, même si la SRC dessert un auditoire national potentiel quatre fois plus important. que celui de Radio-Canada. Les dépenses du réseau anglais se sont élevées à 423,7 millions de dollars, comparativement à 353,7 millions de dollars pour le réseau français.

La part de marché de la SRC pour la télévision anglaise est tombée à 4,4 pour cent en 2022-2023, soit un demi-point de pourcentage en dessous de son modeste objectif de 4,9 pour cent et 1,4 point en dessous de sa part de 5,8 pour cent en 2021-2022, un chiffre exceptionnel. année, les éditions d’été et d’hiver des Jeux olympiques se déroulant au cours du même exercice financier. Les Jeux olympiques rapportent certes beaucoup de revenus publicitaires à CBC, mais ils entraînent également d’énormes dépenses (mais non divulguées) pour les droits de diffusion canadiens des jeux et de télédiffusion des événements olympiques.

La part de Radio-Canada sur le marché de la télévision française s’élevait quant à elle à 23,2 pour cent en 2022-2023. CBC Radio One et CBC Music ont revendiqué une part combinée de 14,2 pour cent du marché radiophonique de langue anglaise; Les réseaux radiophoniques de Radio-Canada, ICI Première et ICI Musique, détenaient une part de 23,4 pour cent du marché français.

Une seule émission de la SRC ayant obtenu du financement du Le Fonds des médias du Canada – une émission spéciale du Nouvel An – a attiré plus d’un million de téléspectateurs en 2021-2022. L’émission de production nationale la mieux notée à la télévision anglaise cette année-là était celle de CTV. Transplantation, avec 1,26 million de téléspectateurs. La critique des sketches-comédies du Nouvel An de Radio-Canada, Bye Bye, a attiré 5,2 millions de spectateurs. Le drame policier nocturne de la chaîne française Arrondissement 31, qui s’est terminée depuis, a réuni en moyenne près de 1,9 million de téléspectateurs. La série qui a remplacé Arrondissement 31le drame hospitalier STATUTest tout aussi populaire.

Le modèle conventionnel de radiodiffusion publique est brisé partout. Mais Radio-Canada est beaucoup moins brisée que CBC. La pertinence du réseau français dans la vie des Québécois et des francophones de partout au Canada est restée largement intacte au milieu des bouleversements causés par les services de streaming étrangers. La plupart des Canadiens anglais semblent avoir abandonné Radio-Canada.

À sa manière maladroite, Mme Tait a, par inadvertance, plaidé en faveur de la séparation définitive des deux réseaux en insistant sur l’application symétrique des coupures à Radio-Canada et à CBC. Il n’y a rien de symétrique dans leurs opérations, alors pourquoi le couperet devrait-il tomber si carrément dans le champ de bataille ? milieu?

Depuis 2015, le gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau s’est engagé à plusieurs reprises à moderniser le mandat de Radio-Canada. Craignant l’indignation des lettrés et des directeurs de production de Toronto qui vivent de la SRC, il n’a finalement pas eu le courage politique de réformer le radiodiffuseur public. Le résultat est qu’il est maintenant confronté à une crise politique, alors que les Québécois accusent les échecs de Radio-Canada de menacer l’avenir de Radio-Canada.

Les libéraux auraient pu doter le Canada anglais d’un radiodiffuseur public allégé qui met l’accent sur des émissions culturelles et d’affaires publiques de haute qualité sur de multiples plateformes. Mais ils ont succombé à leur inertie et à leur clientélisme politique habituels.

Le pire de tous les résultats possibles – un gouvernement conservateur dirigé par Pierre Poilievre supprimant complètement la SRC – semble désormais terriblement probable.

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