Opinion : Les écoles publiques peuvent remédier aux déserts de services de garde au Canada

Craig Alexander est un ancien économiste en chef chez Deloitte Canada, le Conference Board du Canada et la Banque Toronto-Dominion.

Des développements inquiétants ont eu lieu sur le front des services de garde d’enfants et des compétences des jeunes. Premièrement, la proportion d’enfants pris en charge a diminué malgré la conclusion d’accords pancanadiens sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants avec toutes les provinces et tous les territoires.

On peut comprendre que le passage à des services de garde à 10 $ par jour augmenterait la demande qui pourrait, au moins temporairement, dépasser l’offre, mais cela ne devrait pas entraîner une diminution du pourcentage d’enfants pris en charge. Deuxièmement, nous avons appris que les compétences des jeunes en matière d’alphabétisation et de mathématiques continuent de reculer sur plusieurs décennies par rapport au niveau atteint en 2000, tel que mesuré par le Programme international pour le suivi des acquis des élèves. Les deux tendances doivent être inversées.

L’apprentissage et la garde des jeunes enfants (AGJE) dispensés dans le cadre de programmes scolaires élargis de maternelle à des âges plus précoces devraient faire partie de la solution, mais cette option reçoit peu d’attention. La raison est liée à la division des responsabilités du Canada entre le gouvernement fédéral et les provinces, l’éducation étant du domaine provincial mais le gouvernement fédéral ayant une plus grande capacité financière.

Le gouvernement fédéral a identifié à juste titre que le Canada sous-investissait dans les services de garde et que cela ajoutait des coûts importants à l’économie en raison de la faible participation des femmes au marché du travail et du moindre développement des compétences des enfants. En réponse, Ottawa a décidé de créer des services d’AGJE universels et abordables grâce aux accords provinciaux et au projet de loi C-35, qui fournira un financement fédéral afin que les parents ne paient que 10 $ par jour pour la garde d’enfants. Cela augmentera les inscriptions principalement dans les garderies agréées.

Le problème est qu’il existe de grandes régions du Canada, en particulier les zones rurales, où il ne sera toujours pas économiquement viable ni attrayant d’exploiter des centres agréés. Il existe également un risque que les centres agréés favorisent certains segments de la société. Il existe des inquiétudes quant à la qualité des garderies d’entreprise. Et il n’y aura pas suffisamment de personnel qualifié pour répondre à la demande croissante d’éducateurs, car ces postes sont peu attrayants en raison des bas salaires et des faibles avantages sociaux.

Une solution consiste à tirer parti du système scolaire public et de son infrastructure existante, ce qui peut permettre une expansion rapide tout en garantissant une main-d’œuvre stable et des programmes de qualité pour les enfants.

Des écoles existent déjà dans chaque quartier, ce qui signifie que l’expansion de la maternelle dans les écoles peut garantir l’accès de jour à l’AGJE et contribuer à éliminer la réalité actuelle du désert de services de garde d’enfants dans de grandes parties du pays.

Les écoles publiques ne peuvent pas refuser des enfants, elles maximisent donc l’inclusion et la diversité.

Les inscriptions aux programmes scolaires seraient exceptionnellement élevées. Il n’y a aucun frais pour les parents et les programmes scolaires sont perçus comme faisant partie de l’éducation d’un enfant plutôt que comme de simples soins. À titre d’exemple, le programme de maternelle de deux ans de l’Ontario compte près de 90 pour cent d’inscriptions pour les enfants âgés de 4 et 5 ans.

Offrir un apprentissage préscolaire dans les écoles crée la possibilité d’un continuum d’apprentissage de haute qualité, ce qui peut réduire le stress des enfants lors de leur transition de l’apprentissage préscolaire à l’école primaire.

Les premiers éducateurs dans les écoles sont bien payés et bénéficient de bons avantages sociaux, ce qui rend plus attrayant pour les individus de poursuivre une carrière dans ce domaine et améliore la rétention des employés – un défi majeur actuellement. Au-delà des avantages en matière de ressources humaines, les éducateurs de la petite enfance bien rémunérés sont plus susceptibles d’offrir des programmes d’AGJE de haute qualité.

L’appartenance au secteur public permet également de réaliser des économies d’échelle, ce qui peut réduire les coûts hors rémunération.

La collecte de données pour l’évaluation des programmes est plus facile dans les écoles que par des enquêtes auprès d’un grand nombre de prestataires de soins agréés. Cela peut contribuer à améliorer la qualité des programmes d’apprentissage de la petite enfance.

Les écoles éliminent le risque de ruptures d’approvisionnement liées au marché. Par exemple, il y a eu en moyenne 213 fermetures de garderies agréées chaque année en Ontario au cours de la dernière décennie.

Les programmes d’apprentissage préscolaire de haute qualité dans les écoles peuvent également maximiser le développement des compétences, réduisant ainsi le besoin de programmes d’éducation spécialisée à l’école primaire, ce qui peut contribuer à inverser la tendance au déclin des compétences en alphabétisation et en mathématiques des jeunes.

Toutefois, les écoles ne remplacent pas les services de garde agréés, car de nombreux parents qui travaillent auront encore besoin d’heures de garde prolongées au-delà des heures de classe.

Le défi inhérent à l’expansion de l’AGJE dans les écoles publiques est le prix initial élevé de l’investissement et les provinces auront du mal à trouver les fonds compte tenu des priorités concurrentes. Il convient de souligner que les avantages économiques et fiscaux l’emportent sur le coût de l’investissement au fil du temps.

Les provinces dotées de programmes de prématernelle existants ont été confrontées au défi financier lié au lancement de leurs programmes. Elles les ont donc mis en œuvre progressivement, en commençant dans les zones rurales où la capacité existait, les dépenses étaient minimes et les besoins étaient élevés. Le véritable problème n’est pas le coût, mais le timing, la province devant trouver l’argent avant de percevoir des recettes fiscales supplémentaires.

Cependant, les gouvernements avisés savent qu’il existe de solides preuves en faveur d’investissements initiaux qui génèrent un retour sur investissement aussi sain que celui de l’éducation préscolaire.

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