Opinion : Les efforts du NPD pour interdire la promotion des grandes sociétés pétrolières ratent la cible

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Le député néo-démocrate de Timmins-Baie James, Charlie Angus, se lève pendant la période des questions, le 1er décembre 2023 à Ottawa.Adrian Wyld/La Presse Canadienne

Charlie Angus pourrait avoir de bonnes intentions. Mais la prémisse du projet de loi d’initiative parlementaire du député néo-démocrate – qui interdirait la publicité des producteurs de combustibles fossiles – est absurde.

Cela part du principe que cibler les méchants du pétrole et du gaz naturel peut résoudre des problèmes environnementaux difficiles. Et ce sont des cascades comme celle-ci qui gâchent les discussions raisonnables sur ce qu’il faut faire face à notre profond enchevêtrement avec les combustibles fossiles.

Il est très peu probable que le projet de loi C-372 – présenté à la Chambre des communes la semaine dernière – soit adopté. Mais cela attire l’attention en raison de la lutte contre les grandes sociétés pétrolières et de ce que M. Angus appelle la publicité et la promotion trompeuses des combustibles fossiles au Canada.

L’introduction du projet de loi déclare : « Dans le contexte d’une urgence climatique, la publicité sur les combustibles fossiles envoie un message déroutant et contradictoire sur la nécessité de mettre fin de toute urgence à la dépendance du Canada à l’égard des combustibles fossiles. Le projet de loi s’inspire de ce que le Canada a fait il y a des décennies, lorsqu’il a élaboré certaines des règles antitabac les plus strictes au monde, notamment l’interdiction de la publicité et du parrainage du tabac.

Dans une interview, M. Angus a déclaré qu’il s’inquiétait d’un certain nombre de questions tout à fait légitimes : une histoire de campagnes menées par les producteurs internationaux de combustibles fossiles qui jettent le doute sur la science du réchauffement climatique ; les effets du changement climatique sur la santé ; Les travailleurs canadiens du secteur pétrolier et gazier sont automatiquement supprimés de leur emploi ; ces dernières années, des incendies de forêt qui « m’ont fait peur ». Certaines parties de l’Alberta sont encore en feu cet hiver.

La présentation du projet de loi a déjà fait son travail, attirant la colère du chef conservateur Pierre Poilievre, de la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, de groupes industriels et d’une cohorte d’Occidentaux. C’est exactement la controverse qu’espèrent de nombreux politiciens.

M. Angus a déclaré que son projet de loi concerne la publicité d’entreprise et n’affectera pas les individus ou l’industrie en soi. La discussion sur la peine d’emprisonnement dans la législation est « passe-partout », a-t-il déclaré. Un directeur général du secteur pétrolier pourrait encore rédiger un article d’opinion.

Mais son projet d’interdire toute publicité dans un secteur entier suscite également des critiques de la part de ceux qui se soucient de la liberté d’expression. Imaginez si le test de Mme Angus était appliqué aux secteurs canadiens qui consomment, au lieu de produire, des quantités massives de combustibles fossiles : les voyages, les transports, la construction résidentielle ?

La publicité fausse ou trompeuse est déjà couverte par la Loi sur la concurrence. Une affaire impliquant le groupe Pathways Alliance et sa campagne qui promeut le plan des producteurs de sables bitumineux visant à atteindre zéro émission nette pour leurs propres opérations d’ici 2050 est déjà en cours dans ce processus.

Le projet de loi de M. Angus, utilisant une définition large de ce qu’est la « promotion », ciblerait quiconque affirme qu’un type de combustible fossile est moins nocif que d’autres. L’exemple le plus clair serait la discussion sur la question de savoir si le gaz naturel produit ici (ou aux États-Unis) peut réellement remplacer les émissions des centrales à charbon en Asie ou les approvisionnements en gaz russe vers l’Europe.

Le projet de loi d’initiative parlementaire cible également ceux – de manière très large – qui diraient que la production de combustibles fossiles peut entraîner des résultats positifs en matière d’environnement, de santé des Canadiens, de réconciliation avec les peuples autochtones ou de l’économie canadienne ou mondiale.

Discuter de tels compromis est légitime et nécessaire. Certaines Premières Nations bénéficient de la possibilité d’être des entrepreneurs en matière de sables bitumineux ou d’héberger une installation d’exportation de GNL sur leurs terres. Et s’agissant de l’économie mondiale, les pays occidentaux souhaitent-ils à l’avenir acheter du pétrole uniquement auprès de l’OPEP ou de producteurs publics étrangers, ou bien disposer de leurs propres réserves ?

La comparaison avec le tabac est particulièrement superficielle, aussi tentante soit-elle. Alors que près de 30 pour cent des adultes canadiens fumaient il y a 25 ans, ce chiffre est aujourd’hui d’environ 10 pour cent. Les règles restreignant la publicité en faveur du tabac y ont joué un rôle ; Ne serait-il pas formidable, affirme M. Angus, si nous pouvions reproduire cela pour réduire de la même manière l’utilisation des combustibles fossiles ?

Mais le tabac et les combustibles fossiles sont des mondes différents. Il est bien plus facile d’arrêter de fumer que le pétrole. L’utilisation de combustibles fossiles, contrairement au tabac, est l’une des principales raisons pour lesquelles notre monde existe tel qu’il existe – pensez à tout, de la production alimentaire à la mobilité.

Alors pourquoi le C-372 mérite-t-il une quelconque attention ? Parce que cela représente l’hypothèse, partagée par certains, selon laquelle quiconque exprime son soutien au fait que le pays soit producteur de combustibles fossiles est un mauvais acteur.

Alors que les produits énergétiques représentent plus du quart des exportations totales du Canada – la grande majorité étant constituée de pétrole brut et de bitume – et que tous les emplois et la richesse sont concentrés dans cette industrie, cette hypothèse condamne un grand groupe d’entre nous.

S’il y a un revers de la médaille aux politiciens qui n’apportent rien de substantiel au débat sur la politique climatique, c’est bien les efforts à courte vue comme le projet de loi de M. Angus.

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