Opinion : L’Ukraine mérite un engagement financier à long terme de la part du Canada

Eugene Lang est professeur adjoint à l’École d’études politiques de l’Université Queen’s et chercheur à l’Institut canadien des affaires mondiales. Vincent Rigby est professeur de pratique de la famille Slater à l’École de politique publique Max Bell de l’Université McGill et ancien conseiller en matière de sécurité nationale et de renseignement du premier ministre Justin Trudeau.

« Le Canada sera là pour l’Ukraine aux côtés de nos autres alliés, avec tout ce qu’il faudra et aussi longtemps qu’il le faudra. » Ces paroles audacieuses ont été prononcées par Justin Trudeau à la suite du sommet de l’OTAN de juillet dernier.

Quel est le plan à long terme du Canada pour soutenir l’Ukraine dans sa vaillante défense contre la Russie ? La réponse courte : nous n’en avons pas, mais nous en avons besoin immédiatement.

Deux ans après le début de la guerre, il est évident que « aussi longtemps qu’il le faudra » signifiera des années dans le futur. Il s’agit désormais d’une guerre d’usure, dans laquelle les forces ukrainiennes et russes se battent pour de petits gains territoriaux, dépensant ensemble jusqu’à 15 000 obus d’artillerie par jour. Cela ressemble parfois aux combats de tranchées sanglants de la Première Guerre mondiale.

La victoire ukrainienne dépendra en fin de compte de la fourniture d’équipements et de munitions militaires par les États de l’OTAN et leurs industries de défense. Le directeur de la CIA, William Burns, l’a bien dit : « La clé du succès réside dans la préservation de l’aide occidentale à l’Ukraine. »

L’Ukraine ne peut tout simplement pas rivaliser avec la Russie en termes de production de munitions et d’équipements militaires. Le Kremlin a désormais mobilisé sa base militaire et industrielle de défense pour une guerre prolongée. Certaines estimations suggèrent que la Russie consacrera 7 % de son PIB à la défense en 2024, soit le double du pourcentage américain.

Garantir la victoire de l’Ukraine est essentiel à la sécurité de l’OTAN, qui fait face à une Russie revancharde déterminée à rétablir les frontières territoriales de l’ex-Union soviétique. Si l’Ukraine tombe, les pays baltes et la Pologne pourraient être les prochains. L’OTAN en est consciente et s’emploie à accroître la production de munitions et de technologies de défense dans l’ensemble de ses États membres pour soutenir l’Ukraine. Pendant ce temps, la Chine et d’autres États autocratiques surveillent attentivement la guerre, à la recherche de signes de faiblesse occidentale.

Le 1er février, l’Union européenne a annoncé une nouvelle aide à l’Ukraine de plus de 50 milliards de dollars sur trois ans. Entre-temps, les pays du G7, dont le Canada, ont convenu lors du dernier sommet de l’OTAN de négocier des accords de sécurité bilatéraux avec Kiev afin d’officialiser « notre soutien durable à l’Ukraine alors qu’elle défend sa souveraineté et son intégrité territoriale ».

Depuis le début de la guerre, le Canada a fourni 2,4 milliards de dollars en aide militaire à l’Ukraine. Cela semble généreux, mais cela reste marginal au regard des besoins ukrainiens. Le coût d’un seul des milliers d’obus d’artillerie tirés chaque jour peut atteindre 10 000 dollars. L’aide majeure en matière d’équipement du Canada, notamment en matière de chars et d’artillerie, a été modeste. Selon une estimation, le Canada se classe au 17e rang mondial en matière d’assistance militaire à l’Ukraine en pourcentage du PIB.

Les contributions du Canada ont également été ponctuelles et fragmentaires, motivées par la pression des partenaires ou par la couverture médiatique. Un plan à long terme qui corresponde à la rhétorique du premier ministre reste insaisissable.

Le Canada est apparemment en train de finaliser son accord de sécurité avec l’Ukraine. Les Forces armées canadiennes sont à court de ressources et ne peuvent fournir aucune aide supplémentaire de quelque importance que ce soit. L’accord bilatéral du Canada doit donc se concentrer sur un engagement financier à long terme visant à fournir du matériel à l’Ukraine jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu soit conclu, que la Russie se retire ou qu’un autre indicateur convenu de la victoire ukrainienne soit atteint. Nous suggérons un minimum de 500 à 750 millions de dollars par an.

Cela démontrerait le leadership du Canada : le premier État du G7 et de l’OTAN à prendre un engagement financier et matériel annuel prévisible et permanent envers l’effort de guerre ukrainien. Cela donnerait l’exemple, aiderait à restaurer la réputation internationale du Canada et se ferait remarquer à Washington, qui reste dans l’impasse sur son propre soutien à l’Ukraine. Plus important encore, cela contribuerait à la sécurité nationale du Canada et à celle de nos alliés. La dernière chose dont le Canada a besoin, c’est d’une nouvelle guerre froide en Europe, avec des milliers de membres des Forces armées canadiennes stationnés en permanence à l’étranger, à un coût énorme.

Le gouvernement accuse un déficit budgétaire d’environ 40 milliards de dollars, qui devrait diminuer à 24 milliards de dollars d’ici quatre ans. M. Trudeau fait face à de nombreuses demandes d’augmentation des dépenses, notamment pour atteindre l’objectif de dépenses de défense de l’OTAN de 2 pour cent du PIB, estimé par le directeur parlementaire du budget à 18 milliards de dollars supplémentaires par an. Cela n’est pas réaliste étant donné la situation budgétaire et les priorités nationales concurrentes du gouvernement. Avec 2 % de retard sur la table et la mise à jour promise de la politique de défense n’étant nulle part en vue près de deux ans après son lancement, le gouvernement doit au minimum prendre des mesures sur une voie distincte pour fournir à l’Ukraine une assistance militaire soutenue. Il s’agit d’un investissement modeste mais important pour la survie de l’Ukraine, la sécurité de l’OTAN et la défense du Canada.

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