Opinion : Notre système d’essais cliniques laisse tomber les Canadiens atteints de cancer

Rebecca Auer est chirurgien-oncologue et directrice de la recherche sur le cancer à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa.

Les Canadiens atteints d’un cancer sont laissés pour compte dans le système d’essais cliniques de notre pays. Je le sais en tant que chirurgien et chercheur en oncologie, mais aussi en tant qu’épouse de quelqu’un qui prospère malgré un cancer à un stade avancé. Mon conjoint a pu accéder à des tests moléculaires, à des thérapies expérimentales et à l’inscription à un essai clinique à l’étranger – à ses frais personnels.

Même si des innovations sans précédent en recherche ont conduit à une explosion de nouveaux traitements contre le cancer – y compris les thérapies moléculaires, immuno-oncologiques et cellulaires – il n’y a eu presque aucun changement dans la façon dont nous menons des essais cliniques et approuvons de nouvelles thérapies pour le financement public au Canada.

Cette approche dépassée nuit aux patients atteints de cancer. Avec autant de nouveaux traitements en cours de développement, il est essentiel que nous transformions le processus de test, d’approbation et de financement des thérapies, afin que le nombre croissant de Canadiens diagnostiqués avec un cancer chaque année puisse en bénéficier.

Les essais cliniques constituent souvent la meilleure ou la seule option de traitement pour les patients atteints de cancer, car ils offrent de nouvelles thérapies susceptibles d’avoir moins d’effets secondaires et une meilleure efficacité que les traitements traditionnels – et qui autrement seraient inaccessibles ou inabordables pour la plupart des Canadiens.

Le Canada prévoit éliminer le cancer du col de l’utérus d’ici 2040 – et nous avons les outils pour y parvenir

Participer à la recherche clinique donne aussi de l’espoir aux patients.

Selon un nouveau rapport de CONECTed, un réseau de groupes de patients en oncologie, les réglementations de Santé Canada concernant la conception et la surveillance des essais sont compliquées et désuètes, ce qui crée de la complexité et des retards dans le lancement et la réalisation des essais. Cela décourage les promoteurs d’entreprendre des essais au Canada et les chercheurs de lancer ces essais dans leurs centres de cancérologie.

Le manque de tests moléculaires au Canada aggrave le problème.

Pour de nombreux essais cliniques sur le cancer, les patients doivent subir des tests moléculaires sur leur tumeur afin de déterminer si leur cancer héberge le gène muté ciblé par le traitement d’essai. Malheureusement, aucune province ne finance des tests moléculaires complets, et un rapport récent de la coalition Access to Genomic Testing indique que la plupart des provinces ne sont absolument pas préparées à les fournir, même si des fonds étaient disponibles.

Cela laisse aux patients atteints de cancer le soin de payer eux-mêmes ces tests coûteux. Pour beaucoup, le prix de 2 000 à 5 000 dollars est tout simplement inabordable, ce qui les empêche de participer à un essai. Cela décourage également l’offre d’essais industriels au Canada, car il est trop difficile de trouver des patients spécifiques qui répondent aux critères d’éligibilité.

Même lorsque les essais sont ouverts au Canada, ils ne sont souvent disponibles que dans un ou deux centres de cancérologie à grand volume. Le lourd cadre réglementaire de Santé Canada rend trop onéreux et coûteux l’ouverture d’un site d’essai clinique qui ne peut s’attendre à recruter que quelques patients. Bien que le traitement délégué ou virtuel soit acceptable pour les soins cliniques, il n’est pas autorisé pour la surveillance des patients des essais cliniques. En conséquence, les patients atteints de cancer souhaitant participer doivent se rendre sur le lieu de l’essai, ce qui peut s’avérer coûteux et peu pratique, voire inaccessible.

Pour réparer le système de santé en ruine du Canada, nous avons besoin de meilleurs outils que le ruban adhésif

À ces obstacles s’ajoute la mentalité des dirigeants gouvernementaux et hospitaliers selon laquelle la recherche doit être considérée comme distincte des soins cliniques. Bien que cette perspective soit fondée sur les efforts visant à garantir la sécurité des patients, cette séparation crée désormais des obstacles qui empêchent les patients d’accéder aux meilleurs soins disponibles contre le cancer.

Pour réparer le système, il faudra modifier les politiques et les pratiques aux niveaux fédéral, provincial et hospitalier.

Le gouvernement fédéral doit mettre en œuvre de nouvelles façons de concevoir et d’administrer les essais cliniques. Même s’il ne doit y avoir aucun compromis sur la sécurité, il est possible d’imaginer un système plus rapide, plus efficace et plus rentable, tout en étant géographiquement accessible à tous les Canadiens.

Le Canada devrait avoir un comité d’éthique de la recherche unique et centralisé qui examine les considérations de conduite éthique, de sécurité et de confidentialité d’un essai clinique. Les centres de lutte contre le cancer devraient être autorisés à former des réseaux leur permettant de fonctionner comme des « sites uniques » pour l’administration des essais cliniques et le recrutement des patients, parallèlement à des options virtuelles de participation. Ces changements encourageraient les promoteurs à ouvrir des essais cliniques au Canada et faciliteraient l’inscription des patients sur n’importe quel site figurant sur la liste d’un réseau, leur permettant ainsi d’accéder à des essais cliniques plus près de chez eux.

Les gouvernements provinciaux doivent également être avant-gardistes dans leur approche du financement des tests moléculaires et autres tests de diagnostic, en soutenant non seulement les cibles éprouvées d’hier, mais également celles évaluées aujourd’hui dans les essais cliniques, dont bon nombre définiront les thérapies futures.

Les hôpitaux doivent également adopter une culture de recherche et être incités à participer à des essais cliniques. Les dirigeants d’hôpitaux doivent reconnaître la valeur de la recherche et l’intégrer dans leurs paradigmes et résultats de soins, afin que davantage de patients aient accès à des traitements innovants contre le cancer.

Les patients atteints de cancer n’ont pas le luxe du temps. Nous devons transformer dès maintenant tous les aspects du système d’essais cliniques, afin que les patients aient la possibilité de participer et de vivre avec l’espoir de leur côté.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *