Opinion : Nous pouvons tous bénéficier de pensions « dorées » pour les travailleurs fédéraux – il suffit d’augmenter le RPC

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Claude Lavoie a été directeur général des études économiques et de l’analyse politique au ministère des Finances de 2008 à 2023. Il a représenté le Canada aux réunions de l’OCDE et a reçu de nombreux honneurs, dont la Médaille du jubilé de diamant de la Reine.

Beaucoup de gens sont furieux (et envient) le plan de retraite « plaqué or » des employés fédéraux. Les plaintes courantes sont que c’est injuste et trop généreux par rapport à leurs propres projets. Mais peut-être devraient-ils se demander pourquoi leurs plans ne sont pas aussi généreux que ceux du secteur public.

Il est possible pour tous les Canadiens de bénéficier d’une pension sûre, généreuse, indexée et à prestations déterminées comme celle des employés du gouvernement. Pour cela, il suffit d’élargir le Régime de pensions du Canada. Le RPC remplace actuellement 33 pour cent du revenu moyen à vie (jusqu’à un maximum), ce qui est bien inférieur aux 60 à 70 pour cent estimés nécessaires pour maintenir un niveau de vie similaire à la retraite. Même si certains travailleurs à faible revenu peuvent atteindre ce seuil grâce à l’accumulation de prestations de la Sécurité de la vieillesse, du Supplément de revenu garanti et du RPC, la grande majorité des travailleurs doivent compter sur leur capacité et leurs connaissances financières pour investir adéquatement. Environ 75 pour cent des travailleurs du secteur privé ne bénéficient pas d’un régime de retraite d’employeur et, selon une étude de Deloitte, environ 55 pour cent des ménages proches de la retraite risquent une baisse significative de leur niveau de vie.

Augmenter la générosité du RPC garantirait que chaque Canadien épargne suffisamment et reçoive une bonne pension à la retraite. Cela apporterait également une multitude d’avantages supplémentaires à chaque travailleur, même à ceux qui ont réussi à épargner suffisamment.

Les travailleurs supportent tous les risques financiers de leurs fonds de retraite, à l’exception des rares (principalement des fonctionnaires) disposant d’un régime de retraite à prestations définies. Cela inclut le risque de survivre à leur épargne-retraite ou de voir la valeur de leurs fonds de retraite chuter brusquement en raison des corrections du marché. Une expansion du RPC transférerait ces risques des travailleurs individuels vers le gouvernement, qui est bien mieux placé pour les gérer, car il peut mutualiser les risques entre tous les travailleurs canadiens et entre les générations de travailleurs.

Une bonification du RPC mettrait l’épargne-retraite à l’abri des frais de gestion élevés associés à de nombreux instruments privés d’épargne-retraite. Le RPC est également entièrement transférable, ce qui facilite le changement d’emploi. Et une plus grande quantité d’actifs entre les mains de l’Office d’investissement du RPC (OIRPC) pourrait permettre d’investir davantage dans l’économie canadienne.

Il y a évidemment certains coûts – certains perçus et d’autres réels – associés à l’expansion du RPC.

Accroître la générosité du RPC nécessiterait des cotisations plus élevées de la part des employés et des employeurs afin que le système reste entièrement capitalisé. Les employeurs qui ne contribuent pas suffisamment aux retraites de leurs employés diront que ces cotisations plus élevées tueront des emplois. Toutefois, la récente bonification du RPC montre que ces craintes sont exagérées. Les cotisations des employeurs ont augmenté de 20 pour cent depuis 2019, mais l’emploi s’est très bien comporté pendant cette période si l’on ne tient pas compte de la pandémie. Il convient de noter que les cotisations au RPC ont également augmenté de 70 pour cent entre 1997 et 2003, alors que le taux d’emploi a fortement augmenté. L’impact économique est faible car les cotisations patronales ne représentent qu’une petite partie de la rémunération globale des salariés et les augmentations des cotisations sont progressivement compensées par les forces du marché par d’autres éléments de l’ensemble des rémunérations, notamment les salaires. Et les travailleurs semblent être d’accord avec cela : près de 70 pour cent des personnes interrogées dans le cadre d’un récent sondage ont déclaré qu’elles accepteraient une meilleure retraite plutôt qu’un salaire plus élevé.

Il est vrai que les travailleurs auront moins de revenus disponibles pendant leurs années de travail, ce qui leur permettra de bénéficier d’un meilleur niveau de vie à la retraite. Cela pourrait être problématique pour certains ménages à faible revenu, mais pourrait être résolu par des mesures complémentaires telles que des augmentations de l’Allocation canadienne pour les travailleurs, par exemple.

L’élargissement du RPC exposerait également une plus grande proportion de l’épargne-retraite canadienne au risque de mauvaises décisions d’investissement de la part de l’Office. Nous l’avons vu avec la Caisse de dépôt et placement du Québec et sa gestion des fonds du Régime de rentes du Québec au début des années 2000. Toutefois, cela pourrait être facilement géré grâce à des normes de gouvernance strictes et à la création potentielle de quelques entités d’investissement différentes, chacune responsable d’une part des actifs du RPC et chacune séparée par des murs d’information. Parallèlement, l’Office a un solide historique, produisant un rendement moyen de près de 10 pour cent au cours de la dernière décennie, et sa saine gouvernance et son rendement ont été reconnus à l’échelle internationale.

Une pension à prestations déterminées sûre, généreuse et entièrement indexée pour tous les Canadiens n’est pas une chimère. C’est une possibilité hautement réalisable. Pourrions-nous déplacer le débat de l’idée (assez mauvaise) de l’Alberta de laisser le RPC vers une discussion plus sérieuse sur l’expansion du système ? Puisque nous avons besoin de l’adhésion de la plupart des provinces et de quelques décennies pour que tout le monde puisse en récolter tous les bénéfices, nous devrions entamer cette discussion maintenant.

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