Opinion : Où en est la COP28 ? Un sommet historique n’a pas réussi à résoudre la moitié du problème

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Un activiste vêtu d’une robe imprimée de l’image d’un feu de forêt se produit le onzième jour de la Conférence sur le climat COP28 de la CCNUCC alors que les négociations entrent dans leur phase finale le 11 décembre à Dubaï, aux Émirats arabes unis.Sean Gallup/Getty Images

Michael Bernstein est le directeur exécutif de Clean Prosperity, une organisation canadienne à but non lucratif qui œuvre à la recherche de solutions climatiques.

Voici la dure réalité : le monde ne pourra pas maintenir le réchauffement en dessous de 1,5°C, malgré les progrès significatifs réalisés lors de la conférence sur le climat COP28, où les pays ont explicitement appelé à une transition vers l’abandon des combustibles fossiles, entre autres mesures importantes.

Je ne fais pas cette affirmation à la légère. Ne pas atteindre l’objectif de 1,5°C, l’objectif de l’Accord de Paris de 2015, constitue un sérieux revers qui aura des conséquences considérables, et les personnes qui ont le moins contribué à causer le problème risquent d’en souffrir le plus.

Mais comment interpréter autrement le fait qu’aux taux de pollution actuels, la planète pourrait dépasser le seuil de 1,5°C d’ici 2030 ?

Aujourd’hui plus que jamais, le Canada doit intensifier ses efforts dans le cadre d’un effort mondial visant à nettoyer l’excès de pollution que nous rejetons dans l’atmosphère.

Considérons le concept d’un budget carbone, qui correspond à la quantité cumulée de dioxyde de carbone qui peut être rejetée dans l’atmosphère avant de dépasser un objectif de température mondiale spécifique. Dans le cas de l’objectif de 1,5°C, les dernières estimations indiquent que nous ne pouvons émettre que 250 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires si nous voulons nous donner ne serait-ce que 50 % de chances d’éviter une augmentation supérieure à 1,5°C.

Si nous voulons augmenter nos chances d’éviter un réchauffement excessif (Monteriez-vous dans un avion qui a 50 % de chances de s’écraser ?), le budget devient plus petit. Une probabilité de 83 % d’éviter 1,5°C réduit le budget à seulement 100 milliards de tonnes, soit moins de trois ans des niveaux d’émissions actuels.

Le budget carbone montre un fait très clair : nous devrons éliminer une quantité impressionnante de CO2 de l’atmosphère pour ramener les émissions cumulées à des niveaux proches de 1,5°C. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies affirme que nous Il faudra éliminer au moins six milliards de tonnes de CO2 par an d’ici 2050. Cela signifie créer de toutes pièces un nouveau secteur plus grand que le secteur pétrolier mondial actuel (en volume).

Le Canada peut devenir un acteur mondial de premier plan dans le secteur émergent de l’élimination du CO2 (CDR). Nous avons la chance de disposer des ressources naturelles nécessaires, d’une main-d’œuvre qualifiée et d’un accès à une énergie propre.

En fait, les entreprises canadiennes sont déjà à l’avant-garde de l’industrie du CDR. La première usine d’élimination à grande échelle au monde est actuellement en construction au Texas, en utilisant la technologie de Carbon Engineering Ltd, basée en Colombie-Britannique. Les entreprises canadiennes sont également des chefs de file dans l’élimination du carbone via l’océan, les minéraux rocheux et le ciment, entre autres méthodes. Le développement du CDR pourrait représenter une grande victoire économique pour le Canada.

Bien entendu, nous ne pouvons pas ignorer les risques présentés par le renvoi. Le CO2 peut être toxique à fortes concentrations en cas de fuite, et son élimination doit être soigneusement surveillée. Une réglementation stricte est nécessaire pour garantir que les affirmations des entreprises d’élimination du CO2 soient vérifiées de manière indépendante.

La plus grande préoccupation concernant la suppression – et la raison pour laquelle je soupçonne qu’elle apparaît à peine dans le texte final de la COP28 – est que certains défenseurs du climat craignent, à juste titre, que cela réduise la détermination du monde à réduire directement les émissions. Mais une révision du budget carbone devrait montrer clairement que la suppression ne peut pas être utilisée comme excuse pour retarder les réductions. Après tout, l’ampleur de la suppression nécessaire pour atteindre 1,5 °C constitue déjà un défi de taille et coûteux. Retarder davantage les réductions ne ferait qu’ajouter à la tâche herculéenne.

Le Canada en est un bon exemple. Carbon Removal Canada, une organisation que j’ai cofondée, estime que le pays aura besoin d’au moins 300 millions de tonnes d’absorptions annuelles d’ici 2050, simplement pour éliminer notre juste part du carbone que nous avons déjà rejeté dans l’atmosphère, en supposant que nous nous dirigeons activement vers émissions nationales nettes nulles d’ici l’objectif 2050. Cela représente plus de 1,5 fois les émissions annuelles de l’ensemble du secteur pétrolier et gazier du Canada. Si nous ne parvenons pas à atteindre nos objectifs de zéro émission nette, le développement requis du CDR augmentera encore plus.

Il pourrait être tentant de se concentrer sur la réduction des émissions pour l’instant et de s’attaquer aux suppressions plus tard. Mais de nouvelles recherches publiées en décembre dans la revue scientifique Joule montrent que nous sommes dans une décennie décisive pour le CDR. Même si le CDR croît au rythme de secteurs à forte croissance tels que l’industrie solaire, le monde ne pourra atteindre les niveaux de CDR nécessaires d’ici le milieu du siècle que si nous commençons à construire aujourd’hui. Pour le Canada, cela signifie s’assurer d’avoir au moins une poignée de projets d’élimination à grande échelle en construction d’ici 2030.

La poursuite agressive des réductions et des suppressions constituera un formidable défi pour le Canada et la communauté mondiale. Mais si le monde veut sérieusement maintenir le réchauffement à long terme en dessous de 1,5°C, il est nécessaire d’agir simultanément sur les deux fronts pour transformer les ambitions du processus de la COP en réalité.

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