Opinion : Trudeau devrait-il s’abstenir de répondre à la menace Trump ?

Le premier ministre Justin Trudeau a récemment reçu des avertissements de la part de deux anciens diplomates distingués. Ils l’ont exhorté à ne pas irriter Donald Trump avec ce qui pourrait être considéré comme une ingérence dans la campagne électorale américaine.

Ces conseils seraient normalement donnés à huis clos. Mais David MacNaughton, ambassadeur à Washington dans les années Trump, et Louise Blais, ancienne ambassadrice aux Nations Unies, l’ont rendu public dans les journaux.

Ils craignent que les critiques du gouvernement Trudeau n’entraînent des représailles brutales de la part de l’ancien président instable s’il reconquérait la Maison Blanche. Il est de tradition que le gouvernement d’aucun des deux pays ne s’immisce dans les élections de l’autre.

C’est une tradition qui a rarement été brisée, mais les tentations sont cette fois fortes en raison de la menace extraordinaire que représente M. Trump. Pour ne donner qu’un exemple, il a proposé un droit de douane de 10 pour cent sur les marchandises importées de tous les pays. Étant donné que les trois quarts de nos exportations sont destinées aux États-Unis, l’effet sur l’économie canadienne pourrait être désastreux.

Ce qui a déclenché l’agacement des diplomates, c’est la récente nomination par M. Trudeau de deux ministres pour diriger une approche d’Équipe Canada auprès des États-Unis. Ils voient cela comme un signal à M. Trump que nous nous préparons à le combattre. Les efforts des libéraux pour peindre les conservateurs de Pierre Poilievre aux couleurs de MAGA, estimant que cela effrayerait une partie de son soutien, sont plus révélateurs de l’attitude des libéraux à son égard.

La campagne américaine offre à M. Trudeau l’occasion de détourner le discours des questions de portefeuille intérieures pour s’intéresser à une menace extérieure imminente. On lui attribue un assez bon travail dans la gestion de la poudrière qu’était M. Trump lors de son premier mandat au Bureau Ovale.

L’ancien président et le premier ministre ont surmonté l’acrimonie et négocié une modernisation de l’accord de libre-échange nord-américain. Mais la relation entre eux est épineuse. Même si M. Trudeau fermait les lèvres d’ici le jour des élections américaines, les divergences persisteraient. Cependant, toute démonstration de favoritisme à l’égard de Joe Biden accentuerait évidemment ces différences.

Mme Blais a rappelé un avertissement qu’elle avait reçu lors de la campagne électorale de 2016 alors que des propos anti-Trump émanaient du gouvernement Trudeau. «Nous entendons ce que vous dites à propos de Trump», lui a dit Newt Gingrich, alors président de la Chambre des représentants. « Soyez très prudent car vous choisissez votre camp et cela se voit mal. »

M. MacNaughton, quant à lui, a passé plusieurs années à Washington à traiter avec la Maison Blanche de Trump, et ne lancerait pas d’avertissements au bureau du premier ministre s’il pensait que son approche était judicieuse. Je lui ai demandé quelle réponse il avait reçue du Cabinet du premier ministre. Il ne le dirait pas.

Il estime également qu’il n’est pas judicieux que M. Trudeau fasse des comparaisons entre M. Poilievre et M. Trump, affirmant que cela ne fonctionnera pas.

Les comparaisons Trump-Poilièvre sont en effet bien exagérées. Il existe cependant des similitudes entre le style de conservatisme populiste que privilégie chaque dirigeant. Ce style voit parfois M. Poilievre pratiquer la politique de polarisation : insulter ses opposants, attaquer les médias grand public et prétendre que le pays s’effondre.

Les conservateurs de MAGA sont particulièrement populaires en Alberta. La première ministre Danielle Smith a récemment accueilli dans sa province le commentateur d’extrême droite Tucker Carlson et a dîné avec lui. M. Carlson a appelé à une invasion du Canada pour le libérer de son dirigeant autoritaire.

M. Poilievre a très peu à dire sur M. Trump. Et pour des raisons évidentes. Il ne veut pas être perçu comme un partisan du parti, ni être critique au risque de s’aliéner une grande partie de sa base conservatrice. Il n’est pas surprenant que les libéraux veuillent tenter de l’attirer sur le sujet.

Outre la menace économique que représentent les politiques commerciales de M. Trump, les intérêts canadiens sont mis en péril par son approche dédaigneuse de la crise climatique, son mépris des institutions démocratiques, de l’avortement et des autres droits sexuels, ainsi que par l’instabilité mondiale que son style explosif risque de créer.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, est un chef de parti qui ne mâche pas ses mots à propos de M. Trump. Il dit que M. Trump « se présente ouvertement pour devenir président pour un motif égocentrique et rempli de vengeance. Et c’est incroyablement perturbant de regarder ça.

M. Trudeau ressent sans aucun doute la même chose. Mais étant donné le déséquilibre des pouvoirs entre Ottawa et Washington, il serait sage de suivre les conseils des diplomates et d’être aussi peu provocateur que possible.

Il y a une ligne fine. Il peut s’opposer à ce qu’il considère comme un conservatisme à la Trump qui prend racine au Canada. Mais il ne peut pas être considéré comme s’opposant à M. Trump lors des élections.

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