Les Juifs canadiens vivent dans une peur croissante alors que la violence et le vitriol augmentent

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Des voitures de police stationnent devant l’école primaire Talmud Torah alors que les parents viennent chercher leurs enfants dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, le 9 novembre.MATHIEU LEISER/AFP/Getty Images

Tout le monde a une explication à la montée effrayante de la violence dirigée contre les Juifs au Canada. Ce qui semble nous manquer, ce sont des faits concrets et une manière de réagir. Nous avons besoin d’une enquête publique sur l’antisémitisme dans ce pays.

De toute évidence, les coups de feu tirés contre des écoles, les assauts, la dégradation de magasins, les croix gammées griffonnées et d’autres actes ignobles sont liés aux attaques du Hamas du 7 octobre et à l’invasion de Gaza par Israël en réponse.

Mais les crimes haineux contre les Juifs étaient en augmentation depuis longtemps. Statistique Canada indique que les incidents de crimes haineux déclarés par la police au Canada ont presque doublé, passant de 1 817 en 2018 à 3 576 en 2022. Environ la moitié de tous les crimes haineux ciblant la religion ciblent les Juifs.

Alors, quelle est la racine de cette haine montante ? Lors d’une conversation, Shimon Fogel, directeur général du Centre pour Israël et les Affaires juives, et moi avons discuté de plusieurs possibilités.

L’un des facteurs pourrait être l’arrivée ces dernières années de dizaines de milliers de personnes victimes de la guerre civile syrienne, de la reconquête de l’Afghanistan par les talibans et d’autres calamités. Ces réfugiés viennent d’une région où règne une intense antipathie à l’égard d’Israël.

« Je ne pense pas que ce soit universel, mais il est certain que dans les rangs islamistes de la communauté, les preuves de haine, depuis la chaire jusqu’au niveau populaire, sont clairement présentes », estime M. Fogel.

Il peut aussi y avoir un aspect générationnel. Les baby-boomers comme moi ont grandi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et sont parfaitement conscients de l’Holocauste. Nous avons observé la lutte d’Israël pour sa survie pendant les guerres des Six Jours et du Yom Kippour.

Même si beaucoup d’entre nous critiquent les mesures prises par les gouvernements israéliens, comme l’expansion des colonies en Cisjordanie, nous considérons fondamentalement Israël comme une démocratie florissante et un refuge pour les Juifs persécutés depuis des millénaires. Les jeunes générations sont peut-être plus susceptibles de considérer Israël comme un pays puissant, agressif et oppressif envers les Palestiniens.

J’ai l’impression que les traumatismes en série de ces dernières années – confinements pandémiques, insécurité économique, inflation, pénurie de logements – associés à la toxicité des médias sociaux, ont poussé l’extrême gauche et l’extrême droite à s’unir sur diverses questions. Hier, c’était les mandats de vaccination ; aujourd’hui c’est Israël.

M. Fogel propose une analyse plus nuancée. L’extrême droite a toujours été et sera toujours antisémite, observe-t-il, considérant les Juifs comme une menace pour la race des maîtres blancs. À l’extrême gauche, les enseignements sur la théorie critique de la race sur les campus ont produit une génération d’idéalistes obsédés par l’identité qui voient le monde entièrement en termes d’oppresseurs et d’opprimés.

Dans cette équation, les Juifs sont passés d’une communauté persécutée pendant des siècles, à travers des pogroms, des interdictions et l’horreur ultime du génocide, à des oppresseurs colonisateurs blancs, avec les Palestiniens comme victimes.

M. Fogel parle de « cette notion binaire selon laquelle la racine de tous les maux et de tous les maux dans notre société est le privilège des Blancs, et les Juifs sont l’exemple même du privilège des Blancs ».

Ainsi, les manifestations de soutien aux Palestiniens peuvent inclure ceux d’extrême droite qui croient que les Juifs menacent la société chrétienne blanche, et ceux d’extrême gauche qui pensent que les Juifs personnifient l’oppression colonisatrice blanche.

La colère et l’émotion qui tourbillonnent en ligne et dans les rues à propos des Juifs et d’Israël menacent de saper le consensus multiculturel du Canada. Perdre ce consensus serait l’une des plus grandes tragédies qui pourraient arriver à ce pays. Tous les partis politiques aux Communes devraient s’entendre sur la nécessité d’une enquête rapide mais approfondie sur la montée de l’antisémitisme au Canada, avec des recommandations spécifiques sur la manière de le combattre.

Une telle enquête ne réfuterait en aucun cas la réalité à laquelle sont confrontées les autres communautés. Le Sénat a récemment publié son propre rapport sur la montée de l’islamophobie au Canada. Des musulmans ont été tués à Québec, à Toronto et à London, en Ontario. La discrimination vieille de plusieurs générations contre les Canadiens noirs et autochtones persiste. Il n’est pas nécessaire de se plier à la théorie critique de la race pour reconnaître le racisme systémique.

Mais les Juifs du Canada vivent actuellement dans une peur croissante. Les parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école. Les étudiants sont confrontés au harcèlement et pire encore. Les manifestants ciblent les entreprises et les centres communautaires juifs.

Les Juifs savent où cela mène. Il est temps que les politiciens fédéraux arrêtent de déplorer et commencent à agir. Lancez une enquête dès maintenant.

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